Originaire du Kérala, le kalarippayat (ou kalarippayattu) est l’ancêtre de tous les arts martiaux. C’est une discipline constituée d’un mélange complexe de prouesse physique, d’une mentalité forte, de techniques martiales et d’un solide savoir médical indigène. Cette technique de combat au corps à corps est propre au Kérala. Si, dans la plupart des autres formes d’arts martiaux, les lutteurs utilisent quelque armure pour protéger leur poitrine, leurs avant-bras ou la tête, dans le Kalarippayat, qui emploie pourtant les armes les plus mortelles, il n’existe pas de tel bouclier. Le lutteur Kalari doit, pour se protéger, se fier uniquement à sa vigilance, à son agilité et à l’utilisation de pas divers et de mouvements rapides pour l’attaque et l’autodéfense. C’est pourquoi on peut considérer ce sport comme une discipline de combat très dure et exigeante.
Origine du kalaripayatt
Le kalaripayatt est considéré comme la plus ancienne forme traditionnelle de culture physique, d’autodéfense et de techniques martiales.
Son origine vient du Kérala, petit état du sud de l’Inde. Certaines chansons de Malabar (nord de l’Inde) racontent comment le seigneur Parasurama créa le Kérala. Il jeta sa hache de combat dans la mer et, quand elle toucha les flots, l’océan se retira. Parasurama, ayant réuni les qualités de guerrier et de sage, fut donc le premier gurukal (maître). Il choisit 21 disciples et leur enseigna le kalaripayatt pour protéger le Kérala et pour rendre populaire cet art martial.

Des manuscrits sur feuilles de palme datant du II°siècle avant Jésus-Christ attestent déjà de l’existence de cet art martial ; il serait à l’origine de la plupart des arts martiaux d’Asie (kung fu, karaté...). Vers l’an 520, la légende raconte qu’un moine bouddhiste du sud de l’Inde, Bodhidharma, membre de la caste des guerriers, aurait, avant d’aller fonder un monastère à Shaolin, en Chine, appris des grands maîtres de kalaripayatt l’art de manier le bâton (silambam), seule "arme" autorisée aux pèlerins, le combat à mains nues (suvadu) et le contrôle du souffle (pranayama). Il joue un rôle important dans l’histoire des arts martiaux et aurait fondé la boxe de Shaolin, à l’origine du kung fu.
Les arts martiaux pratiqués en Inde et en Chine montrent de nombreuses similitudes. Les enchaînements de mouvements, les positions d’inspiration animale et les techniques secrètes utilisées dans le kalarippayatt sont en de nombreux points semblables à ceux du kung fu.
D’anciens textes du début de notre ère - trouvés dans le sud de l’Inde et écrits en langue tamoule - décrivaient en détail différentes méthodes pour viser les points vitaux de l’adversaire et l’emploi des armes de combat. Les échanges culturels entre l’Inde et la Chine perdurèrent au cours des siècles. Les voyageurs, les moines pèlerins, les marchands et leurs gardes du corps jetèrent les premiers un pont entre ces deux grandes traditions culturelles. Les arts martiaux naquirent sur les routes qui reliaient ces deux civilisations par cheminement des savoirs.
D’après l’histoire, il est évident que le Kalarippayat, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, fit son apparition entre le XIIe et le XIVe siècle et qu’il atteignit le sommet de sa gloire entre le XVe et le XVIIe siècle. À l’époque où la région du Kérala était divisée en nombreux royaumes et principautés, chaque village avait son kalari (lieu de pratique du kalaripayatt) où le maître, respecté comme gurukal, jouait un rôle primordial dans l’éducation des jeunes et l’entraînement des guerriers. Il regroupait alors homme et femme sans distinction de race, de religion ou de caste. À la colonisation de l’Inde par les Anglais, le kalarippayat fut interdit. Sa pratique reprit en 1947, mais les femmes furent injustement écartées. Des recherches récentes ont révélé que ce grand art martial eut une profonde influence sur la forme et l’évolution de presque tous les arts de spectacle du Kérala, notamment le Kathakali.
Les styles du Nord et du Sud
Le nom kalaripayi (vient de deux mots utilisés en malayalam, une langue du Kérala.
Kalon signifie " champ de bataille " et
payit " pratique ". Le mot veut donc dire " pratique du champ de bataille ". Le Kalarippayat comprend deux grands styles qui correspondent à une division géographique, si bien qu’on les appelle les styles du Nord et du Sud.

Le style du Nord est surtout pratiqué par les Nayars de langue malayalam qui se rattachent à la tradition culturelle du nord de l’Inde. La pointe méridionale de l’Inde est habitée par une population qui parle le tamoul et qui descend des premiers occupants de la région. C’est là que l’on pratique le style du Sud. Ce style est aussi enseigné à Madras, mais sans doute uniquement par des immigrants tamouls.
Les styles du Nord et du Sud sont étroitement apparentés. Il n’en reste pas moins qu’on relève des différences importantes entre les deux styles qui tendent cependant à se confondre un peu à la limite géographique de leurs zones respectives d’influence. Quelques personnes de langue malayalam pratiquent aussi le style méridional dans leur région.
Le kalarippayat du Nord se pratique dans un bâtiment dont les dimensions sont toujours les mêmes, 14 mètres sur 7. La maison a des murs épais et elle s’enfonce à un mètre environ au-dessous du niveau du sol. Ce bâtiment, le kalari ou champ de bataille du village, appartient au maître qui l’utilise parfois comme dispensaire et comme officine de massage. Les élèves pratiquent toujours à l’abri de ses murs et la nuit, pour ne pas révéler les secrets de leur art.
Techniquement, le style du Nord se caractérise par des sauts et des coups de pied lancés très haut, de longues enjambées, une posture d’attente très ramassée, ainsi que par des coups et blocages avec le bras et la main presque complètement tendus. Les exercices d’échauffement sont particulièrement épuisants. Le style du Nord possède également en propre toute une gamme d’enchaînements de mouvements, armés ou non, et plusieurs techniques respiratoires, probablement empruntées au yoga, qui font partie du régime d’entraînement.

Le kalarippayat du Sud se pratique souvent dehors pendant la journée. Certains maîtres utilisent comme terrain d’entraînement une sorte de fosse, d’autres dispensent leur enseignement sous les cocotiers, derrière chez eux. De nombreux maîtres du Sud donnent leurs leçons dans plusieurs villages et passent donc de longues heures à se déplacer d’un endroit à un autre pour s’occuper de leurs élèves au lever du soleil.
Les autels élevés aux divinités hindoues sont moins nombreux et moins élaborés sur les terrains d’entraînement du Sud, mais les élèves des deux styles doivent adresser leurs salutations à leurs dieux martiaux et à leurs maîtres avant de commencer à s’entraîner. Le kalari possède en fait tout un panthéon de divinités, dont la figure dominante est Kali, déesse de la guerre.
Le style du Sud fait davantage appel aux mouvements circulaires, et il a peut-être l’air plus fruste que celui du Nord. Les coups et blocages s’effectuent généralement avec la main ouverte et le bras fléchi. Quant aux techniques d’utilisation des armes et aux enchaînements de mouvements pratiqués pour l’entraînement, ils diffèrent de ceux du style du Nord.
Ainsi, les sauts et coups de pied en hauteur sont rares. La posture d’attente est plus haute et mieux assurée. Enfin, le style du Sud fait intervenir de puissants mouvements des bras, des épaules et du torse.