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Un air venu des steppes

mardi 3 septembre 2002, par Dahlia C.

Il y a un an, après avoir reçu le Grand Prix des Amériques au festival des Films du monde, Jackie Chan se présentait à la projection en plein air avec le film de son choix, Drunken Master II. Ce week-end, pour accompagner les deux films mongols présentés cette année, les projections font place à « un groupe de virtuoses de la Mongolie intérieure ».


Lorsque j’arrive, il y a déjà une petite foule, nettement moins nombreuse toutefois que pour Jackie Chan... Les Montréalais sont pourtant curieux, et puis, c’est congé demain ! (j’apprendrai plus tard que la foule était cependant plus importante que la veille, le bouche à oreille ayant certainement porté ses fruits ! ^_^) Les marches de l’esplanade de la Place des Arts sont déjà envahies. Au parterre, on a glané les chaises qui se trouvaient là ou on a tout simplement apporté les siennes, histoire d’assister confortablement au spectacle !

Les minutes s’égrènent. Des techniciens s’affairent toujours sur scène. Visiblement, il y a un retard.

La foule grossit toutefois derrière moi... ^_^

Enfin ! Un présentateur nous demande d’accueillir chaleureusement le grand chanteur Er Demutu et le groupe de Mongolie intérieure. La troupe s’avance sur scène. Leurs costumes sont beaux et colorés. Malheureusement, je ne suis pas équipée pour prendre des photos. Les chanteurs portent sur leurs bras une écharpe blanche comme une offrande. C’est certainement le khadag, longue et étroite bande de soie que l’on offre en cadeau ou en signe d’estime. Un des hommes s’avance vers la foule en puisant dans un bol et en faisant mine d’asperger, puis répète le geste pour chacun des chanteurs.

(JPEG)Après cette introduction, le spectacle démarre avec deux solos d’une des chanteuses, dont le deuxième, sur fond rythmé moderne, surprend. Une façon d’actualiser la chanson traditionnelle. S’enchaînent une danse un peu particulière par ses mouvements de bras, puis un numéro instrumental au morin-khuur, la vièle à tête de cheval des Mongols, un instrument très ancien, ensuite un duo du chanteur vedette Er Demutu et de la première chanteuse, au très beau final.

Apparaît alors la chanteuse en blanc qui entonne un urtiin duu ou long chant, un des genres musicaux les plus anciens de Mongolie, qui exige une technique vraiment particulière (ce chant s’étend sur deux ou trois octaves). Elle atteint des aigus... Il faut savoir apprécier. Très peu de gens prennent toutefois la fuite. ^_- La chanteuse enchaîne et nous demande cette fois de taper dans nos mains. La foule obtempère mollement...

Le numéro de danse qui suit est enjoué, voire coquin, sur une musique évocatrice. Le morin-khuur fait jaillir la plaine, la nature en fleur au printemps... Les deux instrumentistes s’embarquent ensuite, sur un tempo moderne, dans un morceau endiablé, et leur virtuosité au morin-khuur ne manque pas de réveiller la foule. Ils sont chaleureusement applaudis.

Le salut se fait la main sur le cœur.

La trame sonore laisse tout à coup entendre un chanteur. Une danseuse apparaît alors pour nous éblouir à son tour. Vers la fin de son numéro, après avoir tournoyé, un bol sur le plat de sa main, la danseuse se penche et place ce bol sur un côté de sa figure et se remet à tournoyer, à tournoyer... Saisissant. Elle est certes fort appréciée. Je ne peux m’empêcher de penser que, dès qu’il y a du « spectaculaire », les gens s’émerveillent, comme si l’on ne pouvait plus goûter la simplicité...

Cela dit, il faut dire que la technique des danseuses est incroyable. Ces ondulations des bras... !!! L’une d’elles exécute même une sorte de « baladi des épaules » ! Toujours le sourire aux lèvres, elles ne sont que grâce et beauté. Absolument merveilleuses.

(JPEG)

Sur fond de clavier synthé, un musicien revient avec son morin-khuur. Oh... C’est vraiment indéfinissable... Une espèce de mélancolie, une tristesse qui n’est cependant pas douloureuse, comme si elle portait une sorte d’espoir en l’avenir, un regard malgré tout serein sur le passé... C’est vraiment très beau. Quel instrument fabuleux !

Le fameux chanteur Er Demutu, imposant, se présente sur scène. Il a vraiment du coffre ! On le surnomme le « Pavarotti chinois ». Et le voilà qui entonne l’aria italien « O Sole mio » ! Le spectacle a de quoi surprendre, mais la foule apprécie. Il nous envoie un « merci » et des baisers. ^_^ Er Demutu se lance ensuite dans un urtiin duu. J’ai vraiment l’impression que cette technique doit être plus difficile à maîtriser que le chant classique occidental. J’ai aussi l’impression que cela n’aide pas non plus à posséder ce dernier.

C’est déjà l’heure du dernier numéro, sur un rythme moderne. Toute la troupe investit la scène. Les spots nous éclairent soudain. Les deux danseuses descendent et remettent leur foulard blanc à deux spectateurs au parterre, qui leur font la bise. ^_^ La troupe jettera par la suite ses foulards de la scène.

Le président du festival ne manque pas d’apparaître, le bras sur les épaules du ténor, en répétant ad nauseam le mot chinois qu’il a appris : xie xie, Er Demutu ! (merci, merci, Er Demutu). Il nous dit alors que les Mongols n’ont pas de prénom, que le nom de famille, et que nous avons eu droit à la crème des chanteurs et danseurs de la Mongolie intérieure. Er Demutu nous lance quelques mots dans son dialecte. Je pense qu’il est content.

(JPEG)

La scène se vide. Le présentateur nous annonce qu’une cassette audio est en vente juste à côté. Aha ! Les affaires ne sont jamais bien loin... Le spectacle a porté ses fruits, il y a preneur ! Et pas que des Chinois ! Il ne s’agit pas d’ailleurs de la cassette du spectacle, mais de celle de la « chanteuse en blanc », Narentuya T. Une quinzaine de Chinois sont amassés devant la tente extérieure, attendant la sortie des artistes, pour leur demander un autographe...

Heureuse initiative du festival des Films du monde que de marier ainsi l’image au son. Une belle introduction à la chanson et à la danse mongole, où se mêle parfois, outre la modernité, la culture chinoise... La petite troupe n’avait peut-être pas de grands moyens, mais nous a fait voyager et rêver. Mais qui étaient-ils donc ? Les présentations n’ont pas été faites !!!

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