En effet, le trafic des personnes, plus particulièrement des femmes et des enfants, à des fins en grande partie sexuelles, a pris les proportions d’un véritable fléau global. On croyait l’esclavage aboli, qu’on se détrompe...
Ce rapport de force entre les mieux nantis, plus puissants, et les démunis, donc faibles, touche particulièrement l’Asie. Selon la Coalition Contre la Traite des Femmes, près de 300 000 femmes asiatiques sont marchandées avec l’Europe de l’Ouest et environ 250 000 autres sont vendues au sein même de l’Asie. Conflits armés, catastrophes naturelles, mais surtout, pauvreté, conduisent les femmes sur la route de la prostitution. Certes, certaines pratiques religieuses ou rituelles traditionnelles, des pratiques locales donc, étaient déjà en place (en Thaïlande, championne no 1 de la prostitution, le consommateur est avant tout thaïlandais, puis chinois), mais le touriste et son appétit vorace ont eu tôt fait de faire prospérer, voire pratiquement institutionnaliser, ce " commerce ". Même dans les pays nouvellement industrialisés, le sexe rapporte, et gros. C’est une affaire très lucrative qui peut représenter de 2 % à 14 % du PNB de certains pays ! Difficile alors de combattre cette pratique. Difficile aussi de stopper le crime organisé,
qui est justement très organisé et qui marche souvent main dans la main avec les policiers et les fonctionnaires, et pour qui le trafic humain est encore plus payant que celui de la drogue et celui des armes !
Les femmes se trouvent donc prises dans un cercle vicieux, sans grand recours. À l’étranger, l’ambassade de leur pays où elles se réfugient les renvoie parfois carrément à leur bordel. De retour au pays, elles sont considérées comme des criminelles et sont rejetées par leur famille, famille qu’elles soutenaient et qui les encourageait parfois dans cette voie. Si elles choisissent de rester dans le cercle, les raisons évoquées sont, par ordre d’importance : " pauvreté et chômage ; absence de services appropriés de réinsertion sociale ; stigmatisation et ostracisme ; attentes et pression de la famille ; résignation et accoutumance au style de vie. "
Inadmissible, direz-vous ? Et encore, ce trafic des femmes est aussi celui des enfants, qui dès l’âge de 8-9 ans, sont " marchandées " à des fins domestiques mais aussi sexuelles !
Certes, des réseaux sont parfois démantelés. Certes, on tente de réagir tant la situation semble tirer une sonnette d’alarme. En 2000, les Nations Unies ont établi un nouveau protocole " visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants ", et seize états du Pacifique et d’Asie ont adopté un plan d’action visant à combattre le trafic des femmes et des enfants. De belles paroles sur papier, mais sur place...
Doit-on encore s’en étonner, quand on doit établir officiellement des Droits de l’Homme pour préserver celui-ci contre lui-même ? Entre idéaux et pratiques, entre valeurs humaines et réalités économiques, il y a loin de la coupe aux lèvres...
La Coalition contre le Trafic des Femmes :
The Factbook on Global Sexual Exploitation : Trafficking in Women and Prostitution in the Asia Pacific
Victoire à Vienne - Onzième session, 2 au 6 octobre 2000, Comité Spécial pour l’élaboration d’une Convention sur la Criminalité Transnationale : Finalisation et approbation de l’Instrument législatif international additionnel visant à lutter contre la traite des personnes, en particulier des Femmes et des Enfants.