
Tsui Hark fait un cinéma à la fois inventif et lassant. Inventif, parce qu’il sera toujours en train d’essayer les plans les plus fous ; lassant, parce qu’il va remettre sempiternellement ses comédies cantonaises délirantes, mais à la ficelle usée.
Time and Tide s’annonce tout d’abord comme un film d’auteur... Un homme croise une femme dans un bar et ensuite... On a l’impression d’un film français ^_ . La rencontre se solde donc par une coucherie alcoolisée qui conduit à la grossesse de la femme. Bref, on s’ennuierait déjà si le jeune garçon n’avait pas décidé de devenir garde du corps pour récolter assez d’argent afin de faciliter la vie de son amante d’un soir.

À aucun moment, je ne pouvais soupçonner que le film, à l’aspect eau de rose saupoudré de musique rock, allait basculer vers un film de « gunfight » époustouflant. J’étais hébété et, pourtant, j’ai connu la sublime technique de John Woo. Je devrais être blasé. Eh bien, non.
Même si l’intrigue de T&T ne casse pas des briques, l’intérêt réside surtout dans la façon de narrer l’histoire. Tsui Hark donne dans les grands classiques. Il retarde l’action en présentant des scènes qui frisent le quotidien avec des acteurs à peine postpubères (Nicolas Tse). Un clin d’oeil à Wong Kar-Wai ? Peut-être. Mais toute cette attente explose littéralement quand l’action démarre. Comme une réaction en chaîne. Si on croyait que seul John Woo savait maîtriser ce genre de réaction, Tsui Hark vient de prouver qu’un nouveau maître du polar d’action était né. Son inventivité n’a rien à envier à Woo. Là où ce dernier fait un ballet de balles, Hark assène du plomb précis et sans bavure. Là où Woo imprime le concept de la chevalerie, Tsui emploie l’esprit guerrier. Deux concepts, deux noblesses. L’un est raffiné à l’extrême, l’autre joue du raffinement, mais conserve une sauvagerie à toute épreuve.
On peut ergoter sur la faiblesse du personnage de Nicolas Tse, personnage qui semble d’ailleurs en perturber plusieurs. À cela, on peut avancer l’hypothèse de la ficelle scénaristique qui tend à nous camoufler le meilleur pour le magnifier. En effet, le tueur joué par le chanteur Wu Bai est un personnage intéressant et très attachant, qui aurait mérité d’être mieux développé.
Mais on peut voir aussi que le jeune est un personnage encore innocent et qu’il est plus ou moins séduit par le côté lumineux facile. Mais cette une lumière cache en son sein l’obscurité. D’où jaillit Jack (Wu Bai). Celui-ci peut surgir dans la lumière tel un démon ou ange noir. Il se glisse avec élégance dans la clarté, pour disparaître si on pose le regard sur lui. Là où le jeune brouillonne, le pro tourbillonne.
Les scènes de violence armée sont hautement jouissives et poussées à leur extrême. Tsui Hark, à l’instar de John Woo, a placé la barre très haut dans le domaine de l’action. La manière dont il a filmé les explosions, en les détaillant et en les parcourant, a peut-être été reprise dans la scène d’explosion de Swordfish qui, aujourd’hui, reste gravée dans les esprits. Mais se souvient-on de l’expérience filmique de Tsui Hark ?
Évidemment, je conseille à tous de visionner ce métrage. Certains pourront découvrir ce réalisateur et être amenés à d’autres œuvres, d’autres (comme moi) redécouvriront ce Spielberg de l’Asie, qui n’est pas du tout rouillé et peut rivaliser avec tous les cinéastes de talent de Hongkong, et dans tous les styles. Quel rafraîchissement !

Fiche Technique :
Titre Time and Tide
Réalisateur Tsui Hark
Interprètes Nicholas Tse Ting-Fung, Wu Bai, Joe Lee Yiu-Ming, Cathy Chui , Anthony Wong Chau-Sang, Jack Kao , Candy Lo
Producteur Tsui Hark
Chorégraphe Xiong Xin-Xin
Durée 1h53
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