C’est un scandale de mutiler ainsi un bijou d’humour non-sensique qui est à la fois film sportif, de super héros, de romance et, enfin, d’effets spéciaux numériques. Un film réalisé par Stephen Chow, digne descendant cantonais des Monthy Python.
Je m’attendais à de la censure, comme avec tous les films de Hong Kong arrivant en France, mais là, c’est n’importe quoi !
Au mieux, je pensais qu’on allait retirer les scènes comiques (de l’absurde à l’anglaise mêlé à des chinoiseries potaches, agrémenté d’humour noir), en les jugeant trop éloignées de l’humour national, et ne garder que l’aspect film d’exploits surhumains. Mais c’est encore pire, car les coupes sont plus perverses. En fait, aucune scène n’est complètement retirée, car il s’agit de morceaux de séquences, de plans de ci de là, voire de fins de plans...
Pourquoi ceux-là plus que d’autres, difficile à dire à priori, j’ai donc pris le temps de comparer les deux versions au plan près pour découvrir l’intention invraisemblable de la censure.
C’est notamment tous les moments où le réalisateur insiste sur le caractère pathétique de ses anti-héros : leur condition sociale misérable, leur lâcheté initiale, leurs échecs ridicules, etc. Comme si on voulait gommer tout aspect négatif pour ne conserver que la bonne humeur ou comment transformer un film exceptionnel en un produit de divertissement pour l’été.
Malheureusement, tout l’humour de Stephen Chow fonctionne sur la sympathie que le public va avoir pour ses héros. Non seulement on nous prive de passages clefs pour l’exposition des personnages et la progression de l’intrigue, mais, en plus, on saccage le rythme des scènes, élément primordial du fonctionnement des effets comiques !
Stephen Chow écrit, produit, réalise et interprète ses comédies depuis des années. Il a des dizaines de succès derrière lui. C’est l’humoriste numéro un dans toute l’Asie ! Et un abruti de censeur croit pouvoir faire mieux en allégeant le film de quelques minutes... Déprimant !
En outre, il lui a fallu trois ans pour pondre ça... Je vous invite donc tous à aller dans le 13ème arrondissement acheter votre VCD ou DVD de la version intégrale (ou à le commander sur le Net chez cinemasie.com par exemple), et à « boycotter » cette infâme version tronquée.
Pour les puristes qui ne me croiront pas sur parole, voici la liste des scènes censurées que j’ai relevées (ne pas lire si vous n’avez pas encore vu le film) :
-02m15s : ouverture sur la jeunesse de jambe d’or
(futur éclopé), où l’on découvre que notre héros mérite presque son sort par son arrivisme prétentieux... À croire que le public français a besoin de personnages plus manichéens.
17m54s : le compositeur refoulé chante sans complexe.
18m08s : le boucher, danseur refoulé, arrache son tablier.
22m10s : tête d’acier convainc son patron de les engager pour chanter et se reprend une bière sur la tronche.
23m40s : 3ème refrain de la chanson ou tête d’acier s’étouffe.
25m06s : le héros pris de pitié par les voyous qui lui éclatent quand même la tête.
30m05s : le petit maigrelet pleure de peur après la vengeance du héros.
35m00s : le gardien de but referme la porte au nez des héros pour la 2ème fois.
37m20s : le gros pleure sur son sort en expliquant sa maladie hormonale.
40m30s : plan de zoomé sur la photo pour chaque frère Shaolin, c’est un travelling progressif qui finit dans la photo.
40m50s : l’appartement délabré du héros SDF.
45m45s : quand le héros manque l’œuf : le gag du « smack dégueu » est remis une 2ème fois avec le même montage, de l’absurde absolu !
-46m10s : l’entraîneur tague la cible des tirs aux buts.
54m00s : il manque la moitié des répliques humiliantes quand les gagnants obligent tête d’acier à mettre un slip sur sa tête.
1h02m29s : le méchant oblige l’équipe des héros à lui nettoyer les pompes.
1h12m30s : les amis du héros se moque de Zhao Wei. Elle se vexe, se révolte contre sa chef tyrannique, puis avoue son amour au héros (qui l’éconduit...). Sans cette scène, sa réponse est d’ailleurs incompréhensible puisqu’il hésite à cause de la réaction de ses amis.
1h20m58s : la rencontre où le méchant cherche à racheter l’équipe.
1h22m05s : le départ du bus de l’équipe s’arrêtant au resto de Mui.
-1h31m40s : les adieux déchirants du gardien de but sur son brancard.
1h35m10s : la grenouille qui annonce qu’il va garder les buts alors que les autres se battent entre eux de désespoir.
-1h37m50s : la mise à mort lente et douloureuse de la grenouille.
1h39m10s : la blessure vicieuse faite au héros par trois adversaires et le gros plan sur l’hématome : gore !
-1h48m30s : le bêtisier final (remplacé par un générique hideux), qui traite de la plupart des scènes censurées, est évidemment coupé, même si c’est la quintessence de la « bidonne » à la Stephen Chow.
Seule l’anthologique réplique du coup de fil testament de la grenouille est récupérée du bêtisier et réinsérée dans le film à la place de la vraie réplique. Encore une fois, c’est vraiment dommage de manquer tous les plans qui ont été filmés avec labeur, notamment celui où il se prend l’œuf dans la bouche !
Montés en cascade dans la version cantonaise, c’est un condensé du « Chow-business » : transformer la débilité totale en art majeur !
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