Après avoir décollé sous l’orage, c’est avec un soulagement particulier que, depuis le hublot de l’ATR 42, je constate que l’arrivée, proche, va se faire dans un sud où le soleil règne... ce qui promet donc un atterrissage plus... serein. Déjà à mi-parcours, le temps devenait clair. Ce qui a offert au niveau de Phan Tiet une vue extraordinaire des formations de dunes de sable et de terres rouges. Je me rappelle, il y a
quelque temps, quand je regardais des cartes postales en traînant dans les rues de Saigon, il y en avait une qui montrait un colporteur en plein erg saharien. Je me disais « c’est débile comme photo ». En regardant la légende, puis un guide, j’appris que Phan Tiet, à cinq heures de bus de Saigon, était connu pour ses dunes de sable et d’autres formations sédimentaires remarquables. Leur dune du Pilat, mais en plus vaste. Bref, la vue depuis l’avion était fantastique.
Donc j’arrive à Saigon-Ho Chi Minh ville (ou encore HCMCity) avec un de mes collègues. Il est 17 heures. Le soleil vit sa dernière heure, mais il fait tellement beau que c’est encore très lumineux, surtout en débarquant d’une semaine sous les cumulus nimbus de Nha Trang. Et très chaud aussi. On entre dans un vrai taxi qui, peu après, plonge dans l’impossible circulation saigonaise aux 300 scooters au mètre carré. Et pourtant, on avance. Il y a du monde partout. Des scooters, des portes qui sont magasin, resto, garage, bricoles, où tout est bon pour faire une petite affaire. Je trouve que c’est plus chaud, outre la température, plus « latin » peut-être.
Dès le lendemain, officiellement en vacances pour sept jours, je mets les voiles pour Phan Tiet une fois de plus, mais pour plus longtemps, et pour le petit patelin à côté, Mui Ne. En route pour satisfaire un besoin de calme, de glande, de soleil, de noix de coco et de bonne bouffe. Cette fois-ci, je ne ferai pas un plan routard. Je prends un bus Sinh Cafe à 7 h 30 et zou ! Une heure se passe avant de sortir de Saigon et de sa proche banlieue parsemée de petites industries, de bâtiments en construction et de scooters. Enfin, sur la route n°1, le trajet traverse la campagne qui longe le littoral. C’est un trajet de cinq heures mais qui ne lasse pas, le regard est « scotché » à la vitre. Variations étendues de vert des parcelles de rizières, où on voit parfois un groupe de chapeaux pointus qui travaillent à la seule force de la main, dans ces immensités d’émeraude.
L’image typique du Vietnam. Avec aussi un paisible buffle d’eau et un gamin dessus, qui le guide vers les champs à labourer ou pour récupérer le riz tout juste récolté. Tout ce décor est ponctué de petites silhouettes blanches, dans le vert des champs ou sur le dos d’un buffle, ou dans le bleu du ciel, volant en petite formation pour se rendre dans une autre parcelle à picorer. Comme je l’appris au cours de ce voyage, c’est le symbole des fermiers vietnamiens. Une espèce de petit échassier, genre aigrette, qu’on appelle là-bas câ (en phonétique, mais « co » en vietnamien je crois, avec des accents particuliers). C’était d’ailleurs le symbole qu’avait pris Vietnam Airlines : un « co » stylisé sur fond de pleine lune. Maintenant, la compagnie nationale a choisi une nouvelle livrée bleue avec un lotus comme symbole. Mais il reste du temps avant que tous les avions ne soient redécorés.
À mesure que l’on s’approche de Phan Tiet, les rizières laissent un peu de place aux plantations de fruits du dragon (thanh long). Qu’il porte bien son nom ! Le fruit est rouge, revêtu d’un semblant de grosses écailles, et la plante a une allure de cactée tombante. En plus, c’est bon. C’est surtout très riche en eau et rafraîchissant. Ce fruit est en fait dans les vergers vietnamiens depuis peu.
Enfin Phan Tiet ! Je choisis un petit hôtel à bungalows à Mui Ne, juste au bord de la plage. La zone balnéaire de Mui Ne longe une longue route dans la végétation en bord de mer, avec d’innombrables cocotiers. Gare à vos têtes ! La station balnéaire se développe, mais c’est encore raisonnable. Les hôtels ou « guest houses », tous du côté plage de la route, sont relativement discrets et mêlés à la végétation où, de temps à autre, il y a une installation de plusieurs familles de pêcheurs. Rien à voir avec Nha Trang. C’est un peu la campagne à la mer. De l’autre côté de la route, fleurissent de petits restaurants de fruits de mer (j’ai fait une cure de muc sauté au poivre et à l’ail, de riz frit aux fruits de mer...), des bars-relais « d’open tour » de diverses compagnies de bus, des semi-épiceries, toujours mêlés à la végétation et assez cohérents avec l’environnement. Une fois dans un hôtel, le scooter est indispensable pour circuler, à moins de se contenter des restos adjacents et de la plage devant votre bungalow.

Le petit hôtel où je suis, en fait un ensemble de quelques bungalows, est à côté d’habitations de pêcheurs. Ces derniers utilisent une embarcation qui est une vraie « coque de noix », un genre de panier tressé, rond de 1,5 mètre de diamètre, qu’ils laissent sur la plage entre deux sorties. Une petite embarcation étonnante de simplicité et d’utilité. On en trouve un peu partout au Vietnam, y compris dans le delta du Mékong. Après s’être endormi la veille avec le bruit des vagues, dès le lever du soleil, si on est réveillé par le bruit des moteurs des petits bateaux des pêcheurs « plus riches », eux aussi installés sur la plage ou à Phan Tiet même, on voit les femmes et les enfants fouiller la plage à marée basse pour récolter quelques coquillages ou micro-crevettes, tandis que les hommes portent leur coque de noix à l’eau et avancent contre les vagues en maniant habilement une unique rame. Une fois à quelques dizaines de mètres de la plage, ils étendent leur filet en jouant avec le courant pour en faire un piège qui se referme inéluctablement sur les poissons. Certains pêcheurs vont même étendre à la nage leur filet pour attraper les poissons de basses eaux. Plus loin, les bateaux à moteur enchaînent de multiples allers retours parallèlement à la côte. Aucune zone de répit pour les poissons !!! À ce titre, d’ailleurs, on peut s’inquiéter d’un risque de surpêche. Dès le début de la marée montante, toute cette population en quête de ressources disparaît de la plage jusqu’au lendemain, filant pour être le premier au marché.
Cette zone, et en particulier Phan Tiet, est donc traditionnellement tournée vers la pêche. Dans la ville, on peut voir un port avec d’innombrables bateaux bleus
à côté de bassins d’engraissement du poisson ou d’élevage de crevettes. Juste à côté, vous identifiez l’origine del’odeur qui caractérise les rues de la ville, des petites usines de nuoc mam. C’est une spécialité ici. Le nuoc mam de Phan Tiet est le plus réputé. Ah ! Et il y a un plat EXTRA, le ban canh (de Phan Tiet, car il y a aussi le ban canh Hue - doublement EXTRA, avec du crabe, et celui de Saigon, à la viande). C’est délicieux. Un bol de bouillon avec de grosses nouilles de pâte de riz, des boules à base de poisson et de porc, de la coriandre. Arf ! Rien que d’y penser, je salive. Le plus souvent, il est préparé avec la pêche du jour, ce qui fait qu’on ne peut espérer commander un « ban canh Phan Tiet » qu’à partir de 15 heures. Sauf dans un restaurant de rue tenu par une charmante dame, qui fait sûrement en plus un des meilleurs ban canh Phan Tiet et qui l’offre le plus tôt au monde, vers 14 h 30. En fait, il suffit de demander à n’importe qui où on peut manger du ban canh, et c’est souvent la première adresse qu’on vous donne. Par contre, elle ne cause aucun mot d’anglais tout comme sa mère, amusée et curieuse de voir un Occidental dans le resto de sa fille alors que, m’a-t-on traduit, le dernier qui lui avait parlé jusqu’alors était un GI qui lui demandait si elle était « VC ». Si jamais vous passez par là, pour retrouver cette échoppe (tout est préparé dans un meuble roulant, avec trois tables de dînette en plastique sur le trottoir comme salle), c’est dans la rue principale, très large, dans le prolongement de la route 1 qui vient de Saigon, en face d’une petite station BP/Mobil. C’est vraiment excellent, et l’accueil, très sympathique. Entre Phan Tiet et Mui Ne, sur votre scooter, vous verrez trois tours Cham perchées sur un petit pic rocheux, juste après le port de Phan Tiet et avant de dévaler la route qui longe la zone sableuse de Mui Ne. Elles sont toutefois moins intéressantes que celles de Nha Trang. Sinon, il faut poursuivre en scooter sur la route des hôtels de Mui Ne pour voir les petits centres villageois et des installations de pêcheurs, et même accéder jusqu’aux zones des dunes de sable. Enfin, le littoral vaut le détour, souvent de la simple plage mais avec de la végétation, des emplacements superbes, tranquilles, et quelques rochers.
Enfin, ce coin est en plein développement. Ce n’est pas encore Nha Trang, mais on voit un tas d’hôtels ou de bars en construction, qui me donnent toutefois l’impression d’être toujours respectueux du site. Encore récemment, Mui Ne était à peine un stop ou une destination secondaire sur la route de Nha Trang. Aujourd’hui, le site est en passe de devenir une destination plus courue.

De retour à HCMC, juste la veille du départ, j’ai fait un pèlerinage avec des amis au restaurant Quan An Ngon, au 138 Nam Ky Khoi Ngia, qui est un vraie exposition de ce qui se fait comme gastronomie au Vietnam et dont la cuisine est visible : en fait, des mini-cuisines individuelles où les cuisinières préparent les plats par spécialité. De plus, le décor est très chouette. C’est un peu cher pour le Vietnam, mais cela reste accessible et cela vaut le détour. Beaucoup de Vietnamiens y vont, c’est un bon indicateur de la qualité de ce qui est servi !
Et voilà, c’est déjà le 10 décembre. Le départ du Vietnam, avec de nouveaux souvenirs qui s’additionnent aux milliers d’autres et qui font de l’entrée dans l’avion un moment de blues plus fort à chaque fois. Une dernière « Bia Saigon », une grande inspiration et je m’engouffre dans la cabine climatisée. Je pourrai respirer à nouveau dans vraisemblablement six mois. Comme nuance, je me retrouve à côté d’un jeune couple de Vietnamiens, heureux de partir en France, apparemment pour s’y installer, et de retrouver de la famille.