Après la chute du gouvernement des Tokugawa et la restauration de l’empereur Meiji en 1868, le nouveau pouvoir politique et administratif s’appuie sur de jeunes samouraïs chargés de remettre en état et de moderniser le système militaire. Ils ont des changements drastiques dans la lignée des forces armées européennes.
Mais l’empereur comprend aussi que le salut du Japon est dans l’adoption des modèles qui ont conduit l’Occident au succès. Les priorités du nouveau pouvoir concernent la rénovation des structures féodales du Japon.
La conscription devient obligatoire et universelle, bien que les samouraïs voient les traditionnels privilèges de leur classe sombrer alors que l’armée, en 1880, est réformée. La direction de l’armée officielle est sous la dépendance de l’empereur et lui donne tout pouvoir d’organisation et de stratégie. L’ère Meiji porte au Bushido un coup sévère, ainsi qu’aux valeurs qu’il prône.

En 1874, le Japon amorce la conquête du continent asiatique par une expédition punitive contre l’île chinoise de Formose, afin de riposter au massacre de marins d’Okinawa. Mais c’est vingt ans plus tard que se développe vraiment son expansion coloniale, d’abord en Chine de 1894 à 1895, puis contre la Russie en remportant la victoire, en 1904-1905. L’annexion, en 1910, de la Corée, puis, en 1913, l’établissement de ses bases en Mandchourie lui donnent une puissance territoriale très importante.
La guerre de 1914 lui permet de faire main basse sur les biens des Allemands, en Asie, dans l’Océan Pacifique et, en 1918, d’envoyer des troupes en Sibérie. L’Europe reconnaît le Japon comme une puissance mondiale. Durant les années 1930, la part de son revenu consacré à l’armement s’accroît de façon astronomique, car, comme l’écrit R. Benedict, ses navires et ses canons « étaient des symboles au même titre que le sabre du samouraï avait été le symbole de son courage ».
Le nationalisme japonais et le bushido
Pourtant, le Japon voit apparaître une succession de mouvements nationalistes. Les appréhensions qui se développent trouvent confirmation dans les séries d’assassinats et de conspirations à l’intérieur de l’armée. En 1936, une garnison basée à Tokyo explose en une révolte ouverte. Bien que les rebelles sur ordre de l’empereur soient écrasés, le moment où davantage de militaires veulent assumer un contrôle graduel sur le gouvernement est le début d’un processus qui ne fait que s’accélérer jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale.
Le 17 juillet 1937, une nouvelle vague d’expansion en Chine a lieu et constitue le commencement de la seconde guerre sino-japonaise qui dure jusqu’en 1945 et se solde par le massacre à Nanjing de cent mille civils.En 1940, avec la permission du gouvernement collaborationniste de Vichy, les Japonais s’implantent dans le nord de l’Indochine. Quelques jours plus tard, le Japon signe un pacte avec l’Italie et l’Allemagne, tous trois se ralliant contre les États-Unis.

Lorsqu’en 1941 les Japonais décident de bouger leurs troupes en direction du sud de l’Indochine, pour faire aboutir certaines opérations contre les Indes néerlandaises, les États-Unis gèlent en réaction leurs capitaux qui se trouvent chez eux et leur imposent un embargo. La conséquence est l’attaque violente de Pearl Harbour contre les Américains.
Ces derniers, en 1943, tentent la reconquête des archipels du Pacifique, et de juin à octobre 1944, la plus grande partie des forces navales japonaises leur permet de progresser vers l’archipel. À partir de mars 1945, les villes seront pilonnées par d’incessantes attaques qui entament le potentiel industriel japonais se soldant, en août 1945, par l’envoi des bombes atomiques sur Hiroshima et sur Nagasaki.
C’est donc à partir de nécessités économiques que toute la réputation des Arts Martiaux se serait en grande partie bâtie.
En effet, les spécialistes de l’analyse de l’industrie japonaise se sont aperçus que l’atout des Japonais résidait dans leur approche séculaire, traditionnelle, de la productivité industrielle. Ils ont décelé et montré comment le modèle martial de la tradition féodale se prolongeait dans le monde des affaires. Le lien entre les deux se situait dans les rapports hiérarchiques du groupe, dans les relations particulières entre les employeurs et les employés.
Nous retrouvions en substance le système vertical d’un clan sous la conduite d’un chef patriarcal, où tout se réalisait par rapport à la notion de clan.
Cette continuité s’expliquait aussi par l’importance accordée par les Japonais à la tradition militaire au sein de leur culture. Elle en réglait la destinée, l’éthique, les lois. En 1869 , le jeune empereur Mutsu Hito, qui règne sous le nom de Meiji, le règne des Lumières, comprend que le salut du Japon est dans l’adoption du modèle de développement qui a fait le succès de la croissance de l’Occident.Réformer les structures du Japon féodal et acquérir au plus vite les techniques modernes sans rien renier de ce qui a fait la civilisation nippone deviennent les priorités du nouveau pouvoir. Beaucoup d’anciens samouraïs ayant perdu leurs privilèges doivent se reconvertirent en une toute nouvelle classe d’entrepreneurs audacieux, celle des fondateurs de grandes entreprises dont les plus connues sont : Sumitomo, Mitsui, Mitsubishi.
Il est exact que toute l’histoire du Japon peut être entrevue uniquement comme une période d’ascension et de déclin du pouvoir militaire. C’est en ce sens d’ailleurs que Y. Mishima montra que les Arts Martiaux pratiqués jouèrent un rôle symbolique et culturel important dans la société nipponne, que les traditions même du Japon n’avaient jamais dissocié la voie conjuguée de l’homme d’étude et de l’homme de guerre, doctrine prônée sous les Tokugawa afin d’inciter les samouraïs à s’adonner avec autant d’intensité à un certain nombre d’arts intellectuels qu’aux arts martiaux.
L’un des grands paradoxes pour les Occidentaux fut de constater alors que ce qui leur semblait être a priori incompatible était en fait la principale caractéristique de la culture japonaise, de lier de façon inextricable philosophie, religion et art, tous fondés et regroupés autour du concept de voie, do.

Dès les années soixante, en effet, la culture ancestrale japonaise avait marqué un retour en force, en réponse à la longue présence américaine, considérée à juste titre par le peuple nippon comme contraire au principe de son indépendance. Les Arts Martiaux dans ce contexte représentaient la pérennité du vieil idéal japonais qui veut que toute action prenne délibérément un caractère culturel.