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L’aïkido (deuxième partie)

dimanche 25 août 2002, par Florence Braunstein

L’aïkido est très proche du tai chi chuan, cette gymnastique lente chinoise, non dans la pratique, mais dans l’esprit. Elle développe de la même façon une énergie interne.



Quelles sont donc les grandes particularités de l’aïkido par rapport aux autres arts ?

Le principe de base de l’aïkido est de ne pas attaquer, mais de contrôler l’énergie de l’adversaire mise en jeu lors de l’attaque et de la retourner contre lui. C’est la différence essentielle entre l’aïkido et d’autres Arts Martiaux. Il n’existe pas réellement de techniques d’attaque, le principe étant d’utiliser celle de l’attaquant. Ensuite, il n’existe pas de compétition et, parce qu’il est avant tout une démarche spirituelle, l’aïkido ne peut être intégré au monde du sport. Toutefois, certaines écoles sont favorables à la mise en place de certains tests en ce sens. C’est, avant tout, une méthode d’attaque et non de défense qui utilise les flexions, les projections.

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Bien que les mouvements en aïkido puissent paraître compliqués à l’observateur, ils restent cependant simples dans leur concept. Malgré cette simplicité, ce n’est qu’en pratiquant que l’on réalise combien il est difficile de coordonner les distances, le mouvement et de se synchroniser avec l’attaquant. L’aïkido ne peut exister en fait que dans la dynamique. Une technique sur un mouvement statique n’aura que très peu d’effet hormis les techniques d’atemis et de clés. Il faut qu’une dynamique soit créée avant. L’aïkido peut donc être également perçu comme une recherche du Mouvement.

A. Protin le définit ainsi : L’aïkido « n’a sa raison d’être et sa valeur que parce qu’il permet à ses adeptes de s’adapter physiquement et corporellement à un univers constitué de frictions, de violence, d’agressions directes ou pernicieuses sans avoir recours à des arguments identiques ». Il faut aussi signaler que l’aïkido est le premier art martial a avoir été autorisé par les Américains en raison de ses tendances pacifistes.

Les procédés de combat en souplesse, présents dans la pratique du jujutsu et du judo, trouvent leur justificatif dans le Tao te king où « le souple vainc le dur, le faible vainc le fort ».

Le principe commun à tous ces arts reste la maîtrise de soi et de l’adversaire par une incessante réadaptation image 159 x 252 (JPEG)de tout son être à la situation immédiate. Il s’agit là d’une immobilité dont le principe n’est fixé nulle part, car il n’existe pas de réelle séparation entre le soi et le monde. Ainsi, l’adversaire par intuition peut être « senti », « dès qu’il rencontre un être, il le saisit, le pénètre, le connaît à fond. »

L’aïkido, le judo ou encore le tai chi utilisent ce type de projection où s’illustre parfaitement cette « sorte de passivité humble, éloignée de tout désir de violence ou de rivalité, mais au fond une espèce d’activité spontanée inépuisable. »

C’est pourquoi l’idée de sentir, plus que de comprendre, est recommandée. Lorsqu’un des aïkidokas est engagé dans le combat, il ne rencontre pas quelqu’un à qui il fait violence, mais le vide crée par son adversaire. Il ne rencontre rien, aucun obstacle à frapper, il est entraîné par le vide tourbillonnant. Son moi de violence et d’agression ne trouve rien pour s’imposer. « Lorsqu’on s’efforce pour la victoire, on ne peut rien voir. Il faut envelopper tout par l’amour, laisser s’écouler tout avec l’esprit, alors pour la première fois, le monde du mouvement de l’énergie, de l’esprit et du corps basé sur l’union entre soi et autrui s’exprime. Celui qui a le mieux compris cette vérité gagne seul ce qu’on appelle la victoire » ainsi s’exprime le fondateur de l’aïkido, Maître Ueshiba.

image 142 x 185 (JPEG)Si le pratiquant cherche la violence au lieu de se laisser happer par l’énergie de son partenaire, il fera ce que souligne Merleau Ponty : « si nous cherchons à contempler le miroir en soi nous ne découvrons finalement rien d’autre que les choses qui s’y reflètent. Si nous voulons saisir les choses, nous n’alléguons finalement rien d’autre que le miroir. Telle est l’histoire universelle de la connaissance. »

Seule est perçue la face du vide. L’adversaire ne s’est jamais autant imposé qu’en s’effaçant en réalisant le Tao dans ces deux entités contraires, le Yin et le Yang, en fabriquant le processus de coincidentia oppositorium, de l’expérience des contraires.

Compte rendu du livre de J. Stevens paru dans Connaissance des religions

Nous devons à J. Stevens, en réunissant les écrits du maître Morihei Ueshiba, ses diagrammes, ses doka, « poèmes », ses calligraphies, dans un ouvrage intitulé l’Essence de l’aïkido. L’enseignement spirituel du maître fondateur de l’aïkido (Budo Editions, les Editions de l’Eveil, 1998, 77123, Noisy-sur-Ecole, 207 pages), d’avoir ouvert aux Occidentaux un domaine encore largement méconnu : celui de la philosophie ésotérique de l’aïkido.

À la question, qu’est ce que l’aïkido, Maître Ueshiba avait l’habitude de répondre en dessinant un diagramme. image 68 x 289 (JPEG)Son enseignement éclectique s’est transmis sous la forme d’allégories, d’images, de symboles, puisant tour à tour les idées dans le shintoïsme ésotérique, le bouddhisme tantrique, le taoïsme, le confucianisme et même le christianisme. J. Stevens a réussi, à travers cette masse d’informations - dont le premier et le quatrième chapitre, « L’univers de l’aïkido « et « Misogi. Purification du corps et de l’esprit », trouvent leur origine dans un recueil de paroles de Maître Ueshiba - à nous faire mieux saisir les liens entre domaines spirituel et physique, les principes spirituels exprimés à travers les techniques de l’aïkido. Celles-ci, deux cents photos inédites prises en 1936, au Noma Dojo, ou en extérieur à Wakayama, en 1968, figurent à la fin du livre.

Selon Ueshiba, le vrai sens du Budo, « voie du guerrier », est de suivre, d’abord, l’enseignement des dieux, retourner vers l’origine et expérimenter les techniques, telles qu’elles apparaissaient aux anciens héros lorsqu’ils vivaient encore avec les dieux. Les techniques prennent alors la valeur de véritables sacrements, elles nous font pénétrer dans le divin, parce que la forme constitue le visible, et la respiration et le pouvoir du ki, du « souffle », matérialisent l’obscur et l’évolution spirituelle. Le souffle est le moyen d’émettre le kototama - koto, « langage », tama, « esprit » - et celui d’exécuter les techniques de l’aïkido.

image 144 x 141 (JPEG)Selon Maître Ueshiba, les sons sources du kototama dirigeaient et harmonisaient toutes les choses de l’univers. Ainsi, dans le premier mandala représenté, appelé Ame no takemusu aiki waza, « fonctionnement du takemusu aiki divin », est dessiné un cercle dont le point central est figuré par le symbole su, kototama de la création, vibration pure d’où tout émane. Dans la mythologie shintoïste, il est identifié à Ame-no-minaka-mushi-no-kami, « le dieu tout puissant au cœur des cieux ».


Le point su n’est rien d’autre que le centre physique et spirituel de l’homme. Dans la pratique de l’aïkido, chacun doit rester centré sur ce point. Ueshiba aimait rappeler aussi que, dans celle-ci, les différentes composantes de l’univers devaient être intégrées : le Yin et le Yang, l’élément mâle de la mythologie shintoïste Izanagi, associé au feu et au côté gauche des choses, au souffle du ciel, et l’élément femelle Izanami, associée à l’eau, au côté droit des choses, au souffle de la terre.

Si dans ce premier mandala, la finalité du fondateur de l’aïkido est de montrer le caractère sacré de son art, dans le second, elle n’est rien d’autre que l’illustration active du kototama. Ce mandala décrit les diagrammes cosmiques du futomani, équilibre entre mouvement et immobilité, transmutation du corps et de l’âme. Le troisième mandala contient la principale devise de Ueshiba, illustrée dans les principes de ichirei-shinkon-sangen-hachiriki, « un esprit, quatre âmes, trois fondements et huit pouvoirs », éléments, selon lui, présents dans toute cosmogonie.

image 129 x 250 (JPEG)Ensuite, un chapitre est consacré aux doka, aux « chants de la voie », annotés par l’auteur lui-même. Ces poèmes sont organisés, selon le schéma traditionnel des vers, waka à 5-7-5-7-7 syllabes. Les idées qui y sont développées proviennent directement des mythes shintoïstes et des croyances mystiques de la secte Omoto. Des conseils techniques sur l’art de pratiquer le sabre y abondent également, ainsi que celui de pousser le kiai, le cri utilisé dans les arts martiaux traditionnels.

Dans la troisième partie, Ueshiba révèle dans ses calligraphies, commencées à l’âge de soixante-dix ans, ce qu’il juge essentiel pour aborder l’aïkido : « la vraie victoire est la victoire sur soi », « Lumière ». Enfin, parce que le misogi, « la purification du corps et de l’esprit », sont le cœur même de l’aïkido, J. Stevens lui consacre un court chapitre et rappelle ainsi à travers les propos du Maître que suivre « la voie de l’harmonie » c’est « se calmer pour retrouver l’esprit divin, chinkon-kishin. Vider son corps et son esprit de tout égoïsme malice et désir, misogi. Être toujours reconnaissant des dons de l’univers, de mère nature, de la famille et de ses contemporains, kansha. »

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1 Message

  • > L’aïkido (deuxième partie)

    26 août 2002 10:39, par Roland Peschard
    Je prépare un ouvrage sur l’histoire des Amazones (Mongolie et Altai), avec schémas, cartes...et vécu Je cherche un éditeur. Je puis vous adresser qqs photocopies pour vous donner une idée Amitiés Roland

    Répondre à ce message


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