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Du karaté au kyujutsuen en passant par le kendo...

dimanche 20 octobre 2002, par Florence Braunstein

Le mot Karaté(1) signifie « la main vide », « la main de Chine », selon les caractères japonais ou chinois utilisés, kara, vide, te main ou tote. Le karaté est ainsi défini par la revue « Officiel Karaté » comme méthode de combat qui consiste à utiliser de façon rationnelle et scientifique les armes naturelles du corps humain « dans le but de porter des coups percutants »(2).


Henri Plée qui l’introduisit en France en donnait une autre, un peu différente : « Ce n’est pas une défense comme les autres, car il a été créé pour tuer, blesser gravement, ou mettre hors de combat... le karaté est une boxe où tout est permis... »(3).

Le karaté que nous connaissons aujourd’hui est le résultat d’une synthèse qui se fit au XVIIIe siècle entre les arts chinois de la boxe de Shaolin et l’art du te, originaire d’Okinawa.

L’île d’Okinawa, île principale de l’archipel des Ryu Kyu, aurait donné naissance à cette technique à mains nues. L’apport de la Chine quant à l’élaboration de cette technique est incontestée. L’île d’Okinawa, en 1340, était divisée en trois royaumes rivaux. Puis, le plus grand de ces royaumes devint vassal de la Chine, et en 1372, Sato, roi d’Okinawa, fit allégeance à l’empereur de Chine de la dynastie Ming. Entre la Chine et l’archipel des Ryu Kyu s’établirent des relations culturelles et commerciales familiarisant ainsi les habitants de l’île avec les traditions et coutumes chinoises.

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C’est à cette occasion d’ailleurs que le Shaolin chuan fa ou kempo, « voie du poing » en japonais, fut introduit. En 1429, après l’unification des trois royaumes d’Okinawa, surgit l’interdiction de posséder toute arme. L’île connaît alors une grande période de prospérité.

Cette période fut extrêmement prospère pour le commerce, et les marchands fréquentèrent tous les ports de l’Asie de l’Est, fait important pour le développement des Arts Martiaux. Malheureusement cette période s’achève en 1609.

En effet, l’île d’Okinawa refuse de reconnaître l’hégémonie du nouveau Shogun Toguwa et se voit envahie.

Alors que les samouraïs avaient le droit de porter les armes, les habitants de l’île ne furent pas autorisés à le faire.

En 1609, le clan japonais des Satsuma impose la domination sur les Ryu Kyu. Le port de toute arme blanche est très sévèrement réprimé. Les pratiquants de kempo chinois, boxe chinoise, et de tode okinawien, « Arts Martiaux d’Okinawa », se regroupèrent secrètement. Leur alliance donna naissance à l’art martial d’Okinawa. Le développement du kobudo, utilisation des outils agraires comme armes, date également de cette époque.

image 56 x 116 (JPEG)Nous pouvons nous demander pourquoi les groupes dominants se sont davantage intéressés aux combats à mains nues plutôt qu’au sabre ou au tir à l’arc. Sans doute est-ce pour développer des techniques déjà existantes ? Toujours est-il que l’Okinawa te ne trouve sa forme définitive qu’au XIXe siècle. En 1875, alors que l’occupation des Satsuma prend fin, l’île devient une préfecture japonaise. Mais il faut attendre 1904 pour que le karaté soit introduit dans les écoles publiques.

Au cours de l’année 1922, Gichin Funakoshi se rend à Tokyo. C’est le début de l’histoire du karaté. En 1931, il est officiellement reconnu par la Nippon Butotukai, organisation chargée de recenser et de fédérer les arts martiaux japonais. En 1936, le terme de karaté pour désigner ce nouvel art est choisi.

Son développement sous la forme de différentes écoles tient au fait qu’au cours du XIXe siècle l’Okinawate se répartissait en trois branches Naha te - Shuri te - Tomari te, nommés ainsi d’après leur lieux d’origine. Le premier se rattache au style Sud de la Chine, le second au Nord appelé aussi Shorin Ryu, transcription déformée de Shaolin. Si le premier consiste à déplacer les pieds en arc de cercle, techniques issues du Tang Lang, mante religieuse, avec coups de pied bas uniquement, le second en revanche utilise davantage les esquives. Le troisième se caractérise par un travail de clefs et de projections.

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De nos jours, on dénombre vingt-quatre écoles, cinq sont parmi les plus importantes.

Shorin ryu :
Le terme de Shorin Ryu sous-entend des influences diverses, puisqu’il s’agit de la traduction Okinawaienne de Shaolin. Il comporte à la fois des tendances du Shuri te et du Tomari te. En effet, le nom de cette école désigne une multitude de styles inspirés du Nord de la Chine. Plusieurs courants de karaté en dérivent : le Shobayashi, style de la petite forêt, le Kobayashi ryu, style de la jeune forêt, et le Matsubayashi, style de la forêt de pins. Tous les trois se réfèrent à la forêt de pins à proximité de laquelle se trouve le temple de Shaolin. Le style originel de l’école Shorin ryu est celui de Shobayashi.

Shito ryu :
Maître Kenwa Mabuni, son fondateur, nomma son école d’après les idéogrammes des deux maîtres dont il reçut l’enseignement : maître Ankoitosu pour le Shurite et maître Kanryo Higaonna pour le Nahate. De ces deux styles, il prit la rapidité du shuri te et la puissance du Naha te. Les trois aspects qui définissent le karaté, le shu l’esprit, le gi, la technique, et le taï, le corps, doivent être constamment travaillés.

Wado ryu :
« L’école de la voie de la paix » a été fondée aux environs de 1920 par Hironori Ortsuka, élève de O’sensei. Il combina à des mouvements de jujutsu ceux des blocages d’Okinawa. Elle exclut les coups de pied et met l’accent sur la souplesse. Hironori Ortsuka pensait que le karaté de Funakoshi était trop rigide. D’autre part, l’entraînement dans l’école de ce dernier, l’école Shotokan, ne comprenait à l’époque que l’étude des katas, ce qu’il jugeait insuffisant. Il mettra donc au point en s’inspirant d’exercices du jujutsu des systèmes de défenses et d’attaques qui se font à deux partenaires.

Goju ryu :
Go signifie « dur » et ju « doux », aussi le Goju ryu est-il la transcription d’une voie à la fois douce et dure. C’est un mélange de Te Okinawen et de kung fu Shaolin. Son fondateur, Chôjun Miyagi (1888-1953), le crée en 1920 de retour d’un voyage en Chine. Il avait reçu différents enseignements, Kenyo, Nahate, boxe de la mante religieuse, T’ang-Lang-K’iuan, boxe de la forme et de la pensée, Hing-Yikiuan, et en fit une synthèse. D’autres influences chinoises sont aussi évidentes. Une tension dynamique et une respiration adaptée constituent ses deux bases de référence. Le sanchins, mouvements de faibles amplitudes, et le tensho, posture de relaxation, se combinent.

Shotokan :
À l’origine, c’était le nom du dojo de Funakoshi. Ce n’est que plus tard qu’il désignera aussi un style de karaté. Les mouvements sont linéaires, les postures assez basses. Le Shotokan a été créé et élaboré par le Maître japonais Gichin Fu Nakoshi. Shotokan veut dire « le dôjô de Shoto » (dôjô étant le nom du lieu où l’on pratique le karaté). Shoto était le nom de poète de Funakoshi. Funakoshi fut le premier à introduire le karaté dans les universités japonaises en 1924. Il y a un certain nombre de styles de karaté qui sont issus du Shotokan (comme le Wadô ryu). Ce qui pourrait démarquer le style Shotokan des autres, ce sont les positions basses, la rigidité des techniques et le traditionalisme de l’entraînement.

Maîtres et fondateurs

image 110 x 162 (JPEG)Sensei Funakoshi est né en 1868 dans le district de Yamakawa-Cho sur l’île d’Okinawa dans l’archipel des Ryu Kyu. À cette époque, les deux principaux arts d’Okinawa étaient le shurite et le nahate, nommé d’après les sites où ils furent créés, Shuri et Naha.

Très jeune, pour des raisons de santé, O’ Sensei pratiqua le karaté. Il se présenta au concours d’entrée à l’école de médecine, mais l’école refusa d’inscrire ceux qui continuaient à suivre les coutumes anciennes, comme l’élimination du chignon, coiffure masculine ancienne, symbole de maturité. Il passa les examens de maître d’école et devint à vingt-et-un ans assistant dans une école primaire. Il s’entraînait régulièrement au karaté.

À cette époque, le gouvernement avait proscrit la pratique du karaté, et les entraînements devaient avoir lieu en secret. En 1902, Funakoshi fit une démonstration devant les responsables de la province de Kagoshima. En 1912, le Shôbukai d’Okinawa le choisit pour effectuer une démonstration à la marine japonaise. Il fut remarqué par l’amiral de la flotte impériale. Sensei alla au Japon pour la première fois en 1917 pour faire une démonstration au Butokuden de Kyoto. Il y retourna cinq ans plus tard pour une deuxième démonstration devant le ministre de l’Éducation nationale japonaise. Jigoro Kano, le fondateur du judo, lui demanda de faire une autre démonstration au Kodokan. Le succès fut immédiat, et les demandes de cours affluaient. Sensei ne retourna jamais à Okinawa. En 1949, Funakoshi fut nommé chef instructeur de la Japan Karate Association. Sensei s’éteignit à Tokyo le 26 avril 1957.

Styles et applications

L’entraînement du karaté comprend essentiellement trois parties :

 Kihon : ce sont des techniques de base pratiquées sans adversaires. Elles incluent des coups de poing, des coups de pied, des blocages, des déplacements et des positions particulières.
 Kumite : c’est un kihon avec un adversaire réel.
 Kata : c’est un entraînement formel dans lequel un pratiquant se défend contre des adversaires imaginaires.

image 114 x 152 (JPEG)Il existerait, aux dires de certains, 24 katas antiques antérieurs au XIXe siècle, dont personne ne connaît véritablement l’origine. Les autres seraient de création plus récente. On pourrait en dénombrer au total une bonne cinquantaine.

Les kihon : ce sont des séries de mouvements répétés seul. Le senseï montre un mouvement précis et le fait répéter d’un bout à l’autre du tatami. Ces techniques sont des attaques aussi bien que des blocages avec contre-attaques. C’est l’occasion pour les débutants d’apprendre les techniques de base, et pour les initiés d’améliorer leur aptitude à exécuter correctement et avec force la technique. Cette étape de l’entraînement prépare en fait la suivante.

Le kumité : ou combat en assauts libres. C’est à cette occasion que l’on essaie de placer les techniques apprises et préparées plus tôt. On essaie d’élaborer une tactique d’attaque et de défense que l’on perfectionne à cette occasion. Les coups sont appuyés, mais non portés de toutes nos forces. Le but est de travailler la précision et l’efficacité, et non la force brute. Il y a en général trois combats de trois minutes avec des adversaires de niveaux différents. Les plus expérimentés se perfectionnent en pratiquant avec des partenaires de leurs niveaux et encouragent les moins expérimentés en leur montrant des techniques simples mais efficaces.
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Les katas : c’est à cette occasion que les débutants apprennent les nouveaux katas en suivant les gradés et que les gradés améliorent leur exécution des katas. Soit le kata est réalisé tous ensemble de manière à ce que les pratiquants puissent s’investir et apprendre les uns des autres, soit il se fait par ordre de grades de manière à ce que tout le monde puisse approfondir ceux de son niveau.



Les principes
Funakoshi a défini vingt principes qui peuvent s’appliquer à tous les styles de karaté.
1. Le karaté commence et se termine par un salut.
2. Il n’y a pas de première attaque en karaté.
3. Le karaté est pour servir la justice.
4. Connaissez-vous vous-même puis connaissez les autres.
5. L’esprit d’abord, la technique en second.
6. Il est nécessaire de libérer votre esprit.
7. Les accidents proviennent de l’oisiveté.
8. Ne pas croire qu’on apprend le karaté seulement au dojo.
9. Apprendre le karaté prend toute une vie.
10. « Karaté-isez » tout ce que vous faites.
11. Le karaté est comme l’eau chaude, si vous ne lui apportez pas de chaleur constamment, elle deviendra de l’eau froide.
12. Ne pas chercher à gagner mais à ne pas perdre.
13. La victoire dépend de votre capacité à trouver les points vulnérables et les invulnérables.
14. Bougez en fonction de votre adversaire.
15. Considérez les bras et les jambes de votre adversaire comme des épées tranchantes.
16. Dès que vous quittez la maison pour le travail, pensez que des millions d’adversaires vous attendent.
17. Positions basses pour les débutants et naturelles pour les initiés.
18. La pratique du kata est une chose, le combat réel en est une autre.
19. N’oubliez pas : de légères ou lourdes applications de puissance, expansion ou contraction du corps, lenteur et rapidité des techniques.
20. Tous ces conseils.

Armes et vêtements
image 158 x 217 (JPEG)Le kobudo, nom désignant les anciens Arts Martiaux, définit la main en tant qu’arme aussi utile que n’importe quel autre instrument de combat. La plupart des formes de karaté se réfère au kobudo et aux armes qu’il emploie, tel le , bâton, le nunchaku, deux bâtons de bois reliés par des chaînes, le kama, sorte de faux, le tonfa, sorte de club en bois utilisé par la police.

L’entraînement, par exemple, dans l’école Goju Ryu, se fait à l’aide d’instruments sélectionnés pour préparer le corps. Ainsi, un poids formé d’une pierre ou d’un bloc de ciment fixé sur un court bâton d’environ cinq kilos est utilisé pour fortifier les articulations du coude et de l’épaule. Le travail avec un vase permet de travailler et de renforcer les prises. Pour en modifier le poids, il peut être rempli de sable ou d’eau. Il n’y a qu’à Okinawa que sont utilisés des instruments non seulement pour développer la musculature, mais aussi pour combiner l’énergie interne, la respiration, à l’énergie externe, la musculature.

Pour les autres types de karaté, l’entraînement se fait sur un sac de cuir ou sur des planchettes de bois recouverte de cordes tressées.

La tenue pour l’entraînement ou pour le combat est le keikogi blanc, kimono constitué d’une veste et d’un pantalon de coton blanc. L’uniformisation s’est faite dans les années trente et est devenue dans les années cinquante un phénomène commercial. Plus l’art est simple, plus la tenue l’est aussi. L’art du sabre étant considéré comme un art noble, la tenue, nous l’avons vue, est déjà plus compliquée et encore davantage lorsqu’il s’agit du kyudo, le tir à l’arc.

L’étiquette dans le dojo
Pour saluer, assis en seiza, il faut d’abord poser la main gauche au sol et ensuite la main droite. Les deux mains se rejoignent en triangle. En se relevant, c’est d’abord la main droite qui vient se mettre sur la cuisse droite, puis la main gauche sur la cuisse gauche. Lors du salut vers l’autel, les deux mains se positionnent ensemble à terre.

image 146 x 193 (JPEG)Le plus ancien au karaté prononce d’abord le Shomen ni rei, shomen signifie « face à ». Il faut d’abord s’incliner devant le cosmos, voici le premier sens du salut, où tous s’inclinent face à l’autre. Ensuite le Sensei ni rei s’adresse au maître de l’art pratiqué, le sensei. Le Teimeni rei signifie respect, vénération. C’est une manière de montrer son respect et sa reconnaissance au sensei, le maître.

L’Otaga ni rei, le dernier des trois saluts, symbolise le respect mutuel que l’on doit avoir. Les pratiquants se saluent entre eux. Ensuite, après la position, en seiza, le salut final se termine par le mokusô, posture de méditation.

C’est le chemin qui ramène l’homme vers lui-même, vers son propre centre, le moment qui permet d’arrêter la dilution de l’Être dans l’entourage. L’acte permet aussi de se tourner vers soi, de marquer une séparation entre le sacré et le profane. D’une façon pratique, cela oblige les participants à laisser toute forme d’agressivité derrière eux. La façon de s’asseoir sur les genoux est pratiquée dans tous les Arts Martiaux. Ainsi, on stimule, régularise les fonctions du corps dans cette position et on chasse hors de soi toutes pensées négatives. Les genoux doivent être distants perpendiculairement de deux fois la largeur d’un poing. Les bras viennent se placer sur le haut des cuisses, les paumes de la main bien à plat. Le dos est bien droit, le poids doit être réparti légèrement à l’arrière, la tête bien dans l’axe de la colonne vertébrale. La main droite doit être ensuite ramenée vers l’abdomen, la paume vers le ciel, pendant que la main gauche vient se placer à l’intérieur de la paume de la main droite, les deux pouces se rejoignant.

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Le plus de la tribune : tableaux des bujutsu avec et sans armes





1 Portocarrero, P., Tode, les origines du Karatédo, de la Chine à Okinawa, Sedirep, 1986
2 FFKAMA , Le karaté dans le monde, éd. spéciale Officiel Karaté, Paris, 1989, p. 134
3 Habersetzer, R. , Le karaté, Guide Marabout, Paris, 1975, p. 7

Répondre à cet article

1 Message

  • Modération

    28 juin 2003 01:25, par Athama, le modérateur des Forums d’Oasies.com
    Il y a des affrontements personnels ici sous formes de messages. J’ai préféré enlever l’arborescence de tous ces messages...les mesquineries personnels ont fini par dépasser le cadre des arts martiaux... ce qui est dommage. Le forum pour cet article repart à nouveau vierge.

    Répondre à ce message


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