Le wu xia pian

L'épée japonaise qui
a fait des ravages !
 
L'incontournable
Chang Cheh


Cheng Pei Pei
dans toute sa splendeur

Le «zen» King Hu
 

Si l'on compare Tigre et Dragon à Zu, Warrior of the Magic Mountain et à Chinese Ghost Story en tant que wu xia pian, on a un problème.

Je ne crois pas, en effet, que Zu et Ghost soient des wu xia pian. Les mots veulent dire ce qu'ils veulent dire.

Les genres en Asie sont assez bien codés. Le kabuki ou l'opéra chinois en sont des exemples.

Le genre wu xia pian est véritablement né dans les années 60. Attention, je ne parle pas du genre littéraire dont certains spécialistes font remonter la source très loin, mais bien de "pian", soit de "film". Wu xia veut dire "chevalier martial", à prendre au sens de "chevalier errant". Il existait bien un genre cinématographique wu xia dans les années 50, mais celui-ci était fantastique, intégrait la magie, et était une vision un peu "nunuche" et ridicule des histoires de chevaliers errants. Et les films étaient souvent mal faits.

Dans les années 60, la Shaw Brothers demande à ses réalisateurs, dont Chang Cheh, de faire obstacle à un genre venu du Japon : le chambara. Une série comme Zatoichi avait tant de succès en Asie (elle a d'ailleurs inspiré bien des films d'arts martiaux) que la Shaw Brothers a voulu inventer un cinéma similaire, mais chinois. On veut aussi réaliser des films plus durs et plus réalistes que ceux des années 50.

Est donc né le wu xia pian, inspiré de la littérature chinoise ancienne, mais surtout de celle contemporaine comme l'œuvre de Luis Cha (années 50). Le premier gros succès du genre est Come Drink With Me, de King Hu, avec Cheng Pei Pei. Un succès énorme au box-office. Nous sommes en 1965, année considérée comme une date par les historiens du cinéma hongkongais. Un nouveau genre martial était né. Il y avait des films martiaux avant, mais King Hu a inventé un nouveau genre : le film d'épée.

Ce succès ne sera dépassé que par Dragon Inn Gate du même King Hu, premier film à battre le cinéma américain à Hong Kong, suivi par One-Armed Swordsman, de Chang Cheh, en 1967. One-Armed Swordsman, premier film à recueillir des millions de dollars, et film étalon, dans le sens qu'à peu près tous les films martiaux vont s'inspirer de ce dernier. D'ailleurs, à cette époque, Chang Cheh sera le roi jusqu'en 1971.

Tous les succès (aux moins les dix premières positions) auront le mot «épée» dans leur titre. C'est Bruce Lee qui détrônera le genre. Après la mort du Petit dragon, le cinéma américain reprendra la relève jusqu'aux frères Hui. Le cinéma de Hong Kong sera ensuite maître chez lui jusqu'en 1998. Le wu xia, malgré une renaissance en 1990 avec Swordsman et autres films aériens, ne sera toutefois jamais plus aux premières places comme dans les années 60. Ce qui en fait un genre des années 60. C'est l'erreur que font la majorité des fans du cinéma de Hong Kong, de se baser sur les relectures faites dans les années 80-90 pour juger le wu xia.

Au début, les wu xia pian étaient calqués sur le chambara. Sir Run Run Shaw voulait un genre similaire, mais qui exalterait les valeurs chinoises. Deux écoles se démarqueront. Celle de Chang Cheh et celle de King Hu. La première étant celle des mélos sanglants, la deuxième, celle des oeuvres poético-politico-complots avec de belles chorégraphies.

Les films de Chang Cheh sont assez classiques au début. Cheh écrit la suite de Temple of Red Lotus, Twin Sword. Il crée son propre style, un style basé sur les histoires mélodramatiques populaires à l'époque et inspiré des histoires d'amour de l'opéra, associées à de violents affrontements. Avec Trail of the Broken Blade, mettant en vedette Wang Yu, il fait un film avec tous ses thèmes. Les fans des films des années 90 seront déçus, parce que ce film ne contient pas tant d'action. Centré sur les relations entre Yu, qui se fait passer pour un domestique dans une auberge, et un vaillant «swordsman», le film bascule dans le mélo le plus pur. C'est à la fin que tout se transforme en jeux de massacre. Le film contient tout ce que les wu xia auront par la suite : combats avec des armes étranges, bagarres dans une auberge ou une caverne piégée, et, surtout, fin sanglante.

Mais c'est avec One-Armed Swordsman et Assassin que Cheh fait sa marque. One-Armed Swordsman est considéré comme le premier film d'arts martiaux moderne, à cause de ses longues scènes d'entraînement. Assassin se concentre sur la psychologie du personnage. Une tragédie lente, où inexorablement le héros se dirige vers la mort. Cheh va plus loin avec Golden Swallow, une suite de Come Drink With Me, dans lequel il se concentre sur le héros mâle plutôt que sur Cheng Pei Pei. Il faut savoir que les vedettes à cette époque au cinéma sont les femmes. Cheh, homosexuel de surcroît, changera cet état de fait. Il n'est intéressé que par les hommes, au contraire de King Hu. Golden Swallow fera aussi date, parce que Cheh expérimente diverses techniques : caméra à l'épaule, ralentis... Il ne sera plus jamais aussi classe par la suite. Ses films seront avant tout des films d'action.

One-Armed Swordsman Returns, toujours avec Wang Yu, est plus sadique. Ce film, où le manchot de retour doit affronter huit guerriers qui ont chacun leur technique spéciale, influencera tout le monde. Cheh commence à faire des films sans épées, basés sur le kung-fu. Son dernier grand wu xia pian est The New One-Armed Swordsman, avec David Chiang et Ti Lung, même si ce film a plus d'action que ceux d'origine et qu'il ressemble plus à un film de kung-fu par son rythme.

Quant à King Hu, ses films sont plus lents, sérieux, souvent séparés en deux parties, l'une mettant en place l'histoire, l'autre comportant plein de combats. Hu est un lettré, un poète, davantage intéressé par l'atmosphère, la tension. Il s'exilera à Taiwan pour réaliser A Touch of Zen, plus lent. Il continuera dans la vague des épées avec The Valiant Ones. Il ne sera cependant plus jamais numéro 1 et surtout pas dans les années 80-90.

Le wu xia pian, un genre des années 60, ne ressemble pas à Zu. Ce dernier est davantage une relecture des films fantastiques des années 40-50, avec toutefois des effets spéciaux conséquents.

Tigre et
Dragon ressemble comme deux gouttes d'eau à un wu xia, malgré que les héros sautent haut. Épées, histoire forte, peu de magie. Pas toujours beaucoup d'action.

Deux films wu xia qui tentent de réactualiser le genre et de remettre en question l'honneur, le courage ou simplement l'absurdité de certaines conventions des arts martiaux sont faits au début des années 80, The Sword et Duel to the Death (ce dernier est plus fantaisiste), mais sans succès. C'est seulement au début des années 90 que le genre refera un court tour de piste, mais dans une forme plus aérienne et fantaisiste. Les deux films les plus fidèles au genre, mais qui en même temps sont plus modernes et tentent une vraie relecture, sont The Blade et What Price Survival (aussi connu sous One-Armed Swordsman 94). Ces films n'auront aucun succès. Un échec, alors que ces deux «remakes» du film classique de Cheh respectent le vrai wu xia tout en le faisant évoluer.

Voici mes suggestions pour connaître le vrai wu xia pian :

- Come Drink With Me, de King Hu, 1965
- Trail of the Broken Blade, de Chang Cheh, 1967
- Assassin, de Chang Cheh, 1967
- One-Armed Swordsman, de Chang Cheh, 1967
- Dragon Inn Gate, de King Hu, 1967
- One-Armed Swordsman Returns, de Chang Cheh, 1969
- Fastest Sword
- Lady Hermit (Les griffes de jade, avec Cheng Pei Pei)
- Golden Swallow, de Chang Cheh, 1968
- Magic Blade
- The New One-Armed Swordsman (La rage du tigre), de Chang Cheh, 1971
- A Touch Of Zen, de King Hu, 1969 (un film de trois heures, lent et beau)
- The Valiant Ones, de King Hu, 1974
- Last Hurrah for Chivalry, de John Woo, 1978 (l'hommage de John Woo à Cheh dont il a été l'assistant à ses débuts. Bon petit film)
- The Sword, de Patrick Tam, 1980 (film psychologique d'action)
- Duel to the Death, Ching Siu-Tung, 1982
- La trilogie Swordsman : Swordsman, de King Hu, Michael Kennedy, 1990 ; Swordsman II, de Ching Siu-Tung, Stanley Tong, 1991 ; Swordsman III, de Ching Siu-Tung, Raymond Lee, Tsui Hark, 1993 (j'aime mieux le premier, mais le deuxième aussi est bon. J'aime pas le troisième qui n'a pas grand chose à voir avec le wu xia et qui est n'importe quoi pour moi)
- What Price Survival, de Daniel Lee, 1994
- The Blade, de Tsui Hark, 1996

Christian,
lecteur d'Oasies


Une page sur King Hu (en anglais) :
http://victorian.fortunecity.com/durer/661/kinghu.htm

Chang Cheh, the godfather of the kung-fu film :
http://members.spree.com/molasar/hongkong/ch-index.html

Oasies, Les fenêtres de l'Orient
Oasies, les fenêtres de l'Orient
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