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Tigre
et Dragon
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Qui l'eût cru ? Qui aurait imaginé qu'un jour Ang Lee, cinéaste plutôt connu pour des films de comédie assez novateurs (notamment Garçon d'honneur et Salé sucré), s'attaquerait à un film de wu xia pian ! Non seulement Ang Lee nous transforme le "Gunfighter", Chow Yun-Fat, en sabreur émérite, mais il réunit dans le même film la plus grande dame de cape et d'épée des années 70, Chen Pei Pei, et celle qui sera probablement la reine du cinéma d'action de l'an 2000, Michelle Yeoh ! Ce film, coproduit par Hollywood, ne comporte que des Asiatiques à l'affiche, ce qui est sans doute une première. De plus, la sortie du film s'est effectuée avant même celle en Amérique du Nord. Rappelons que Tigre et Dragon a été vu en avant-première à Deauville et à Cannes dans le courant de l'année. Zu, The Warriors from the Magic Moutain, film incompréhensible aux yeux des Occidentaux, constitue probablement le premier exemple du wu xia pian moderne. Tsui Hark relançait un genre qui avait connu ses lettres de noblesse dans les années 60 et 70 grâce à de grands réalisateurs comme Chang Cheh (La rage du Tigre) ou King Hu (A Touch of Zen). Véritable industrie financée par la Shaw Brothers, le cinéma de cape et d'épée connut le déclin sous les poings nus de Bruce Lee. Mais on ne peut enterrer tant d'histoire et de culture chinoises, et même Bruce Lee avait envisagé avant sa mort de relancer un genre qu'il avait lui-même sonné le glas. Toute la culture asiatique trempe dans les histoires de chevalerie martiale. Génération après génération, chaque artiste souhaite redonner vie à ce genre, un peu comme le font les artistes occidentaux qui retravaillent inlassablement "l'heroïc fantasy" (Conan, Elric, Bilbo le Hobbit...). Plus près de nous, Histoire de fantômes chinois fait vraiment redémarrer le genre. Hongkong s'émerveille à nouveau et émerveille le monde. Puis Jiang Hu (The Bride with White Hair), apporte une autre touche. Enfin, The Stormriders et A Man Called Hero poussent le genre encore plus loin, jusqu'aux frontières du jeu vidéo comme le disent certains. Ang Lee impose une nouvelle tournure et place la barre très haut, rivalisant à sa manière avec les deux monstres d'Andrew Lau. Mais le plus important est qu'il a su courtiser le public occidental. Les deux chefs-d'uvre d'Andrew Lau sont des adaptations de manga hongkongais de cape et d'épée, tandis que celui d'Ang Lee est inspiré d'un roman. Voilà la différence de narration. Avec Ang Lee, c'est plus littéraire et poétique, alors que c'est plus visuel et plus action avec Lau. Mais les deux réalisateurs sont les dignes fils des deux grands que sont Chang Cheh et King Hu, bien qu'aucun des deux n'égale Chang Cheh dans la violence et le "gore". L'histoire de Tigre et Dragon commence par le retour de Li Mu Bai (Chow Yun-Fat) de sa longue méditation martiale. Il est accueilli par Yu Shu Lien (Michelle Yeoh), une aventurière spécialisée dans le transport de marchandises. Li Mu Bai lui annonce qu'il va se séparer de sa célèbre épée Destinée et se retirer du monde des arts martiaux. Yu Shu Lien a la charge de convoyer la légendaire Destinée chez le seigneur Té à qui Li Mu Bai fait don de son épée. Voilà une histoire de cape et d'épée comme on les aime tant, et ça démarre fort puisque l'épée va être dérobée ! C'est ainsi que nous allons découvrir la philosophie de l'épée à travers l'histoire de trois personnages (Li Mu Bai - Chu Lien - le voleur de Destinée). Avoir choisi Chow Yun-Fat pour le rôle de Li Mu Bai est une excellente idée, même si ce dernier n'est pas expert en arts martiaux. Il reste néanmoins un grand acteur capable de rendre l'esprit chevaleresque de Li Mu Bai. N'oublions pas que les gangsters joués par Chow Yun-Fat dans les films de John Woo ont tous un côté chevaleresque issu de la nostalgie des temps passés. Il ne peut en être autrement puisque John Woo est le fils spirituel de Chang Cheh. Le personnage n'est donc pas très éloigné des rôles habituels de Chow. Celui-ci incarne un Li Mu Bai droit, honnête, le preux par excellence. Parfois, on a une impression amusante que Chow Yun-Fat voudrait jouer le personnage de façon plus caustique. Toutefois, il sait se réfréner et nous donne une superbe composition du héros chinois. Michelle Yeoh, comme à l'accoutumée, joue un personnage un peu constipé, garant de la tradition, et sachant tout du protocole asiatique. Elle signe là un personnage classique des films asiatiques, celui qui rappelle à l'ordre quand on dérape. L'actrice devrait faire attention à ne pas se laisser enfermer dans ce type de rôle, car elle dispose du potentiel de tout jouer. L'autre caractéristique est qu'elle porte deux épées, chose qu'elle a déjà faite dans The Tai Chi Master et dans Wing Chun. Le troisième personnage est une actrice (Zhang Ziyi) encore inconnue à Hongkong. Elle se tire admirablement du très beau rôle que lui donne Ang Lee. L'autre véritable attraction du film réside dans les combats merveilleusement réglés par Yuen Woo Ping (celui qui a réglé les combats de Matrix). Ang Lee pousse le style de Yuen plus loin en donnant à la caméra une certaine vie. En effet, par moment, on a vraiment l'impression que la caméra prend vie, et il en découle un certain vertige, notamment dans les combats en hauteur. La chasse sur les toits de Pékin au début du film est tout bonnement hallucinante. On se croirait courir et sautiller au côté de Michelle Yeoh ! Saisissant ! Évidemment, la salle a éclaté de rire en voyant les acteurs faire des bonds de 15 m. Tout à fait normal quand on n'a pas l'habitude de voir un film de la Shaw Brothers. D'autant plus que des séries japonaises comme X-or ou Bioman ont contribué à enlever toute crédibilité à ce genre de scène de trampoline dans les airs Même si les néophytes ont du mal à adhérer à ce type de scène, ils sont certainement conquis à la fin du film, car le soin apporté aux scènes est proprement imposant. Presque toutes les scènes de combat sont à mon avis des anthologies, et il sera difficile de faire mieux. Ang Lee a établi une nouvelle norme ! Ne ratez en aucun cas ces scènes sous prétexte que c'est irréaliste. Laissez votre cur vous guider vers le merveilleux et, là, tout se fait tout seul. Vous deviendrez en l'espace d'un instant des Artistes martiaux ! Sans exagération, Star Wars a enfin des rivaux de haut vol : The Stormriders, A Man Called Hero et, aujourd'hui, Tigre et Dragon ! L'Orient a la force de nous étonner encore. Le patrimoine culturel se diversifie et, même si Hollywood a financé le film, Ang Lee a su garder les valeurs asiatiques et les montre sans concession ! Un film qui mérite des suites pour en faire une grande saga ! Reste à savoir comment il sera accueilli aux États-Unis. Il a déjà conquis la France ; en tout cas, les journalistes français ne tarissent pas d'éloges ! Une chose toutefois fait que ce film n'est pas parfait : le manque de sang. Eh oui, Destinée, aussi terrible soit-elle, n'a pas eu le plaisir de s'épancher du sang des adversaires. Ce qui est dommage. Chang Cheh ou Mitsumi (Baby Cart) ont porté les récits des hommes d'épée très haut. Une épée sans sang n'est plus une épée. Et un film sans morts devient un film que les enfants peuvent regarder. Peut-être est-ce là la condition imposée par l'argent hollywoodien ? Dommage. Il n'en demeure pas moins que c'est une belle histoire superbement rendue. Une histoire faite de chevalier, d'épée, de seigneur, également d'honneur et d'Arts martiaux. Un film enchanteur, au décor fabuleux, qui vous transporte dans coins reculés de Chine, dans le désert de Gobi, dans les forêts de bambous Merci à Ang Lee de nous replonger en enfance
Athama Ashen Fiche
technique :
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