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Impressions d'un festival...
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Lundi 24 juillet, 19 h 45
Running Out of Time. C'est le cas de le dire, les
projections sont toujours en retard
C'est complet ce soir. Accourt-on
pour l'histoire, Johnnie To le réalisateur ou Lau Ching-Wan, un
des deux principaux acteurs, qui, de surcroît, nous gratifie de
sa présence ? Tout ça à la fois, nul doute. Johnnie To réussit mieux ses films plus "
intimistes " tel celui-ci et Where a Good Man Goes, que ceux
plus axés sur l'action, qui laissent plus froids, malgré
les motivations et les développements entre les personnages, tels
The Mission et A Hero Never Dies.
Après la projection, Lau Ching-Wan, premier invité
à être aussi chaleureusement applaudi et même ovationné,
nous rejoint, accompagné de sa femme, Amy Kwok, pour la période
de questions et réponses. Nous apprenons qu'il vient de tourner
un film canadien à Vancouver, mais il n'a pas l'intention de "
passer " à Hollywood, ce qui lui vaut des applaudissements.
Tiens, certains voient donc d'un mauvais il cette migration des
Asiatiques vers l'Occident. Toutefois, M. Lau ne refuserait pas un rôle
de Hollywood si cela se présentait. Il dit préférer
jouer des personnages extrêmes tel celui de The Longest Nite.
On lui demande d'ailleurs de comparer Patrick Yau et Johnnie To, et il
se borne à répondre qu'un est l'élève et l'autre,
le maître
Lau Ching-Wan privilégie avant tout le scénario
; ainsi, même si on lui offre sur un plateau d'argent un personnage
nouveau, cela ne l'intéressera pas si le scénario est nul.
Il se débrouille fort bien en anglais M. Lau et est fort charmant. Sa femme aussi d'ailleurs.
Suit Chaos, du Japonais Hideo Nakata (1999). Le jumelage avec Running Out of Time n'est pas innocent, puisqu'ici aussi on joue. Des hommes et des femmes qui se jouent les uns des autres. Qui enlève qui et pourquoi Les pistes se multiplient à mesure que le film avance. On reconnaît la patte du réalisateur de Ring, mais son chaos est allé pour moi en empirant On sollicite l'attention du spectateur, soit, c'est à son honneur. Mais tout s'explique bien mal, si ce n'est par le goût du risque, par le va-tout que l'on joue, voire par le désespoir Tout ce que je retiens est que, décidément, les Japonais font des films bien sombres.
The Black House, de Yoshimitsu Morita (Japon,
1999), commence de façon bien anodine et plutôt amusante.
Un employé d'une compagnie d'assurance est harcelé par un
homme dont le beau-fils a été retrouvé pendu. Cet
homme réclame inlassablement la prestation. L'employé, un
peu inquiété, consulte sa petite amie et un professeur,
tous deux versés dans la psychiatrie. L'homme serait un psychopathe.
Or, ce dernier se retrouve un jour à l'hôpital. Et c'est
alors sa femme qui réclame. On dépêche un expert pour
casser le contrat d'assurance, mais... L'employé est menacé.
Il comprend alors que c'est la femme qui est la psychopathe, une tueuse
vide de toute émotion. Qui s'en prend à lui. Le film bascule
alors dans l'horreur. Dès que l'on pénètre la noire
demeure, le suspens est maintenu jusqu'à la fin. Nous sommes rivés
à notre siège. Belles images, jeu avec la lumière et angoisse. Un peu long, mais réussi.
Dommage, je rate Victim, de Ringo Lam, avec
Lau Ching-Wan et Amy Kwok qui présentaient le film. C'était
le dernier film hongkongais du festival, alors que je commence à
sentir la surdose de films japonais
Mais le film de ce soir est indien. C'est The
Terrorist, de Santosh Sivan (Inde, 1998). Et quel film ! Malli, une
jeune fille de 19 ans, est fille de poète révolutionnaire
et sur de martyr de la guerre. Quelle guerre ? On ne le sait pas.
Mais qu'importe ? Depuis toujours, elle se bat pour son peuple contre
le gouvernement. On ne voit pas non plus le chef charismatique qui conserve
ainsi tout son ascendant. Malli se porte volontaire pour une opération
kamikaze qui doit galvaniser les troupes et lui apporter les honneurs
(on demande évidemment une femme, et non un homme
). Elle
est choisie et entreprend donc son périple qui la conduit à
la ferme d'un vieux monsieur charmant, plein de sagesse, où elle
doit rester quelques jours. Son ardeur révolutionnaire est ébranlée
par ce qu'elle découvrira de la vie et qu'elle avait ignoré
jusqu'alors. Comment ne peut-elle être du côté de
la vie alors que l'eau, source de vie s'il en est, est si importante pour
elle ? Comment ne peut-elle voir que tous ces prétendus coups d'éclat
n'ont mené à rien ? Qu'elle est endoctrinée ? Sait-elle
seulement la cause profonde de son combat ? La leçon est magistrale.
Et nous sommes tenus en haleine jusqu'à la fin, jusqu'au moment
où elle doit passer à l'acte
À souligner les angles et gros plans adoptés par le réalisateur également directeur photo du film, qui renforcent le traitement narratif.
Jeudi 27 juillet, 19 h 30 Je parle à ma camarade avant la projection
qui affiche complet et, tout à coup, le monsieur assis derrière
moi, visiblement thaïlandais, me dit que Nang Nak (Nonzee Nimibutr,
Thaïlande, 1999) est une histoire vraie du siècle dernier.
Et c'est bien ainsi que le film commence... On nous apprend que l'histoire
se serait passée vers 1868 et est racontée depuis de génération
en génération. Un homme part à la guerre. Pendant
son absence, sa femme enceinte meurt en essayant de donner naissance à
leur enfant. Le mari blessé, sauvé par un grand maître
bouddhiste, revient cependant auprès d'eux. Il n'y voit que du
feu. Il est pourtant avec le fantôme de sa femme et de son fils.
Sa femme refuse de le laisser et s'en prend à ceux qui se dressent
sur son chemin. Les villageois feront appel à une sorte d'exorciste,
qui est le grand maître bouddhiste, pour qu'enfin elle accepte de
reposer en paix et de se séparer de son mari. Que c'est beau ! Comment ne pas verser une larme devant
les adieux déchirants du couple ! Outre l'histoire, la reconstitution de l'époque
paraît impeccable, les images sont belles et fortes, la musique
est réussie et les hommes
ah
superbes ! Le grand maître a enfermé l'esprit de
Nang Nak dans un morceau de crâne de la morte, qu'il portait comme
une amulette. À sa mort, c'est le roi qui en aurait hérité.
Et l'amulette est ainsi passée de mains en mains
On ne sait
où elle se trouve aujourd'hui. Mais chaque fois que l'histoire
est racontée, l'esprit de Nang Nak revit
Vendredi 28 juillet, 19 h 30 Voici une animation japonaise fort attendue, de
l'équipe qui nous avait livré Jin Roh l'an dernier, et qui
fait d'ailleurs salle comble, Blood : The Last Vampire (Hiroyuki Kitakubo,
2000). Il s'agit toutefois d'un moyen métrage de 48 min, précédé
de quatre courtes animations, dont trois japonaises, d'ailleurs très
bonnes, voire excellentes (Ill, de Nozomu Shimogiri, 1999 ; Tokitama
Hustle, de Koji Morimoto, 1998 ; et Heavy Rotation, de Watt, 1999). Blood est présenté par la dynamique
et enthousiaste représentante de la maison de production Production
I.G., qui était là l'an dernier et avait incité le
réalisateur à venir cette année. Mais celui-ci est
malheureusement hospitalisé. L'animation est belle, mais le film nous laisse sur notre faim. La jeune Saya, vampire chasseresse de vampires, à l'instar de D, traque les monstres sur une base américaine au Japon, à la veille de la guerre du Vietnam. Il y a bien la morale qui nous compare, humains, à ces êtres monstrueux, mais il reste une impression d'inachevé. On ne sait rien de l'héroïne L'accueil est d'ailleurs plutôt réservé. La période de questions et réponses qui suit se révèle plus nourrissante que le film. Celui-ci fera l'objet d'une sortie au Japon jumelée à celle d'un livre de Mamoru Oshii (Ghost in the Shell) et d'un jeu Playstation. Premier film entièrement numérique, il a nécessité trois ans de travail, dont deux pour la production seulement, et l'effort de 500 créateurs, dont ceux de Ghost in the Shell, qui ont certainement mis au point de nouvelles techniques. Les créateurs japonais restent attachés à la production traditionnelle, mais il faut innover, et on veut être les pionniers. D'où ce premier film numérique, subventionné par le gouvernement, qui a coûté 4,5 M (dollars ? Sans doute). On aurait aimé en faire un long métrage et on espère bien qu'il y aura une suite. Pour le moment, Production I.G. travaille avec Mamoru Oshii.
Autre film qui fait salle comble, c'est Ring ø
: Birthday, de Norio Tsuruta (Japon, 2000), impatiemment
attendu par ceux qui ont vu la série des Ring l'an dernier. L'histoire se passe trente ans avant les événements
mis en scène par Ring et Ring 2, et nous explique comment l'héroïne,
Sadako, a fini au fond du puits. Le film est donc plus descriptif qu'angoissant,
bien qu'il nous réserve quelques moments de suspens. Et l'explication
donnée est un peu tirée par les cheveux. La comédienne
qui incarne Sadako, Yukie Nakama, est toutefois bien choisie. Pour qui ne connaît pas la saga, l'histoire se tient, mais offre bien peu d'intérêt. Et pour qui connaît, c'est plutôt moyen. On voudrait vraiment avoir peur ! Néanmoins, j'ai préféré ce film à Ring 2.
Samedi 29 juillet, 19 h 15 Je cours me refroidir un peu
Freeze Me,
du Japonais Takashi Ishii (Japon, 2000), est en fait un huis clos plutôt
étouffant. Le réalisateur adopte bien le point de vue
de la jeune femme ; il " montre sans montrer " ce qu'elle subit.
C'est un bien sombre portrait du mâle japonais, mais un constat
encore plus sombre pour la jeune femme qui, certes, se prend en main et
agit, mais à quel prix
À quel prix toute cette souffrance
et toute cette lutte
Dimanche 30 juillet, 17 h 30 A.li.ce affiche encore complet. Cette science-fiction
animée de Maejima Kenichi (Japon, 1999) suit Alice, jeune fille
en voyage vers la lune en 2000, qui se retrouve en 2030, poursuivie par
de mystérieux assaillants
Elle sera recueillie par Yuan,
jeune orphelin, qui l'aidera à comprendre sa situation et sera
protégée par une " serveuse " robotisée,
drôle, sexy et indépendante ! Alice est la proie d'un certain
Nero, qui règne sur le monde grâce à un puissant ordinateur,
et d'un groupe en lutte contre la dictature de Nero, qui l'a projetée
dans le temps pour arriver à ses fins.
Décidément, les Japonais aiment déformer la réalité et jouer avec nos nerfs Audition (Japon, 1999), de Takashi Miike - quoi, le réalisateur de Dead or Alive ? - présente pour la deuxième fois cette fin de semaine une femme qui a soif de vengeance. Un homme bien nanti est veuf depuis sept ans. Son
fils lui trouve l'air vieux et lui suggère de se remarier. Notre
homme se confie à un ami qui lui propose, sous le couvert d'une
audition en vue d'un film, de choisir 30 candidates répondant à
ses critères. Évidemment, notre homme a déjà
ses vues sur l'une d'entre elles, une ancienne ballerine dont le rêve
de danser a été brisé par un accident. Belle, douce,
mais l'âme assombrie, la jeune femme est néanmoins mystérieuse.
Notre homme est amoureux et veut l'épouser, malgré les réticences
de son ami. Il veut faire sa proposition au cours d'une fin de semaine
à la campagne. Or, après la nuit passée ensemble,
la jeune fille disparaît. L'homme se met à sa recherche et
va d'horreur en horreur jusqu'au cauchemar final, alors que la jeune fille
le paralyse et entreprend de le faire souffrir, lui qui est comme tous
les autres, insincère et profiteur. Il faut voir la douce jeune
femme susurrer " plus profondément "
Or, voilà-t-il
pas que notre homme se réveille
Tout cela n'aurait été
qu'un cauchemar ? La salle hue. Bande de sadiques ! Mais notre homme replonge
dans le cauchemar
Voilà ce que c'est quand on précipite
trop les choses, voilà ce que c'est quand on se laisse trop aller
à son imagination !
Pour finir en beauté, Muthu, de K. S. Ravikumar (Inde, 1995), une superproduction " bollywoodienne ! " Malheureusement, la pellicule 70 mm n'est jamais parvenue jusqu'à nous. Que faire ? Remplacer le film ou aller de l'avant avec la projection, celle de la vidéo ? Les organisateurs ont opté pour ce dernier choix. Hélas, la vidéo est de mauvaise qualité et les sous-titres sont épars, tout juste de quoi comprendre l'histoire, mais le public est enthousiaste et ne demande pas mieux que de suivre les péripéties de Muthu pendant plus de deux heures ! Chant, danse, kung-fu, rire, sagesse et drame sont au rendez-vous ! C'est un feu roulant étonnant, surprenant et, ma foi, on en redemanderait ! Et quel plaisir de voir de belles femmes qui ne soient pas des paquets d'os ! Et une star masculine à mille lieues des clichés hollywoodiens !
Lundi 31 juillet, 14 h La programmation de la journée est changée et grossie. Albator est présenté à 14 h et réussit à bien remplir le parterre, même si on ne peut tous se libérer pour voir le film à cette heure là ! Et ces quatre nouveaux épisodes contre les Silvidres sont encore meilleurs que les précédents ! Du bonbon ! Suit Running Out of Time, qui attire par contre moins de monde.
C'est la fin du festival. Plus tard dans la soirée, je retourne à l'Impérial pour dire au revoir et à l'an prochain aux camarades festivaliers, et pour connaître les résultats du vote du public. Car chacun est invité à donner son choix du film asiatique, du film international et du court-métrage. Chemin faisant, je me dis que si Blood : The Last Vampire figure au palmarès, alors ce dernier est truqué Je ne suis pas la seule à le penser Or, Blood : The Last Vampire figure au palmarès asiatique en deuxième position, derrière Running Out of Time et devant The Mission Ça sent la politique. Combler la pétillante représentante de Production I.G. et l'encourager ainsi à nous présenter encore des primeurs. Car enfin, l'animation qui semble avoir rallié le public tant par son histoire que par l'animation même, c'est Vampire Hunter D Et que dire des deux films hongkongais ? Certes, Running Out of Time a été apprécié et peut-être est-ce là un véritable choix du public. Mais The Mission ? On veut lancer des fleurs à Johnnie To, qui était là l'an dernier ? Or, l'an dernier avait vu un triplé japonais C'est plutôt ironique, vu la quantité de films japonais présentés cette année. Néanmoins, les dix-huit jours qu'a duré le festival ont été bien remplis. Moins de films donc que les années précédentes, mais un choix de qualité. Et la salle a d'ailleurs été bien remplie aussi. C'est certainement une année record. Je n'ai jamais vu autant de projections afficher complet. C'est encourageant pour les organisateurs. Et ça promet pour nous, fantasiesques cinéphiles !
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