Le festival international du film fantastique et d'action



Impressions d'un festival...


The Mission
de Johnnie To
Francis Ng à droite dans The Mission
La sagesse des crocodiles de Po Chich Leong
Bullets Over Summer
I.K.U de Shu Lea Cheang
De la S.F. pornographique.
Rebirth of Mothra 3 : Invasion of King Ghidorah de Okihiro Yoneda
2000 A.D.
de Gordon Chan
Uzumaki
de Higuchinsky
Dead or Alive
de Takashi Miike
Mardi 18 juillet, 21 h 50

La salle est comble, et la productrice nous remercie d'être venus si nombreux assister à The Mission, de Johnnie To (Hongkong, 1999).

Comme le titre l'indique, le film nous présente cinq hommes recrutés dans le " milieu " pour une mission particulière dont ils s'acquitteront. Mais un grain de sable s'immiscera dans l'engrenage…
Sans explication oiseuse qui alourdit trop souvent l'histoire, et nous en sommes reconnaissants, mais également sans grand éclat, le film montre le fonctionnement efficace - et stylisé - du groupe, et l'amitié qui vient le cimenter. On est toujours loyal envers le patron comme autrefois envers le maître et on est loyal envers ces amis. Agréable, mais sans plus.

Mercredi 19 juillet

Première programmation pour la dernière journée du festival. Outre le film de clôture, en général une primeur états-unienne, ce sont des films populaires du festival qui s'inscrivent à l'horaire. Et que nous annonce-t-on ? Après avoir rempli deux fois l'Impérial, Albator reviendra dans quatre nouveaux épisodes ! Chouette !

Vendredi 21 juillet, 17 h 20

Le programme nous dit bien peu sur Po Chich Leong, le réalisateur chinois de Wisdom of the Crocodiles (Grande-Bretagne, 1999), sinon qu'il a réalisé son premier film en 1976 et a touché à différents genres, suspens, comédie, horreur et drame historique. Il a également étudié la philosophie. Cela transparaît bien un peu dans le film, dans l'échange qui se noue entre le policier et le " suspect ". Ce dernier est un chercheur médical dont les deux dernières petites amies sont mortes. Aujourd'hui, notre homme a une nouvelle proie… Car pour survivre, il doit boire du sang rempli d'amour, le sang d'un être qui l'aime. Or, il tombe amoureux de sa nouvelle victime. Et le sacrifice devient alors difficile…

C'est dommage, le réalisateur ne semble pas avoir su trancher entre la partie policière, le jeu de chat et de souris qui se dessine entre le détective et le suspect, et qui est coupée un peu brusquement, et la partie amoureuse, celle qui pose la question du sacrifice. Est-on prêt à s'oublier pour l'être aimé ? Car ce vampire nouvelle manière a besoin d'amour pour survivre. Comme nous tous. Mais jusqu'où peut-on aller par amour ? Il s'agit aussi d'un homme qui fait ce qu'il peut pour vivre alors que la vie ne s'accroche pas à lui…

Nous restons sur notre faim. C'est inabouti. Alors que tous les ingrédients sont là pour faire un film captivant. Belle photo, à la fois mélange de froideur et de chaleur, musique de facture classique, mais dans le ton et agréable, et interprète parfait en la personne de Jude Law.


Nous replongeons ensuite dans l'univers hongkongais avec Bullets Over Summer (1999). Quelle entrée en matière ! Quelle attaque fracassante ! Un carnage sanglant et méchant comme on n'en avait pas vu depuis longtemps dans un film de Hongkong. Et on le doit au nouveau venu, Wilson Yip !

Cela dit, une fois l'introduction passée, le film s'attache au couple de policiers, le vétéran malade (Francis Ng) et le jeune amateur de la gent féminine, qui investit l'appartement d'une grand-mère à des fins de surveillance. Le film bascule alors dans une comédie douce-amère. Ce n'est pas l'action froide et bien léchée d'un Johnnie To, c'est une action plus incarnée, faite de chair et de sang. De l'action et de la comédie se dégage une humanité qui fait mouche. Ce Wilson Yip est à surveiller !

Sur le coup de minuit et des poussières, la salle est en effervescence. On n'arrive pas à caser tout le monde ! C'est que journalistes et festivaliers n'en peuvent plus d'attendre I.K.U, la science-fiction porno de Shu Lea Cheang (Japon, 2000). Avant la projection, la réalisatrice, qui a fait la une d'un des hebdos culturels, nous apprend que nous avons droit à la version du producteur et qu'elle-même ne sait pas ce qu'elle va voir…
La multinationale Genom produit des puces à orgasme qu'elle vend dans des distributeurs. Pour ce faire, elle utilise des cyberandroïdes dont la mission est de faire l'amour pour emmagasiner des données sur la jouissance. Le film est une orgie de couleurs. Le traitement de l'image et du son ainsi que la musique témoignent du milieu de la vidéo underground dont est issue la réalisatrice. Au-delà de cette explosion visuelle, l'histoire se suit difficilement et suscite peu d'intérêt. Certes, comme nous dira la réalisatrice par la suite, le 21e siècle verra de plus en plus l'utilisation d'artifices pour se faire du bien, l'homme n'aura plus besoin de " performer " pour que le plaisir soit atteint.
C'est bien beau, mais où est son film ? La réalisatrice a pris soin de placer l'actrice entre elle et le producteur, Asai Takashi, après le visionnement. Le producteur a expliqué que, à la suite de la projection au festival de Sundance, il avait remodelé le film pour le public nord-américain. Et à la question du quand verra-t-on la version originale de la réalisatrice - qui ne reconnaît aucunement son film - le producteur répond en clin d'œil " dans cinq ans probablement… "

La demande pour ce film hors norme entraîne bien sûr une deuxième séance, qui sera la toute dernière projection du festival, le 31 juillet. Encore une fois, les billets seront rapidement " levés "…

Dimanche 23 juillet, 15 h 45

Je suis en retard pour la renaissance de Mothra… (Rebirth of Mothra 3 : Invasion of King Ghidorah, Okihiro Yoneda, Japon, 1998). Je crois cependant deviner la situation familiale un peu difficile du jeune héros et l'apparition du terrible roi Ghidorah, qui enlève les enfants…

Le film est récent, il date de 1998. Je serai toujours surprise de voir que, à côté de la violence et de la dureté de certains films, les Japonais gardent cette candeur de l'enfance et, encore aujourd'hui, apprécient ces films de monstres où se mêlent humains, fées et créatures géantes.

Ici, au parterre, certains spectateurs manifestent leur enthousiasme et rient bien parfois de cette candeur, mais applaudissent le film. Vive Mothra ! J'ignorais que c'était un papillon… J'avais eu droit à la chenille dans un vieux Godzilla il y a deux ans.


À l'aube de la troisième guerre mondiale, une guerre informatique bien sûr, un jeune crack des jeux vidéo veut savoir pourquoi son frère, accusé à tort ou à raison d'espionnage informatique, a été tué.

2000 A.D. (Hongkong, 2000) est un film d'action musclé et tonique qui laisse tout le monde pantois, tant on ne s'y attendait pas. Gordon Chan (Fist of Legend, Beast Cops) frappe fort avec ses poursuites, fusillades et actions martiales. On passe de Hongkong à Singapour, de l'anglais au cantonais ainsi qu'au mandarin.

Une belle surprise. D'autant plus que le film met en vedette Aaron Kwok et, dans un rôle secondaire mais remarqué, Francis Ng, applaudi au passage par quelques admirateurs.


Changement radical de ton et d'univers avec Uzumaki (Higuchinsky, Japon, 2000), autrement dit Spirale.
Les habitants d'une petite ville japonaise succombent peu à peu à la malédiction de la spirale. La spirale obsède, hypnotise, aspire… Certains se transforment en escargots géants, d'autres cherchent à se faire spirales… On adhère ou pas à cet univers sombre et glauque, adaptation d'un manga écrit en 1999 par Junji Ito. Reste que c'est étrange et inquiétant à souhait. Et le film est conçu comme une spirale : il se termine comme il a commencé, et est donc sans fin.


Pour clore la soirée, on veut nous laisser morts ou vifs, avec Dead or Alive (1999), du Japonais Takashi Miike (Fudoh). Ça démarre sur les chapeaux de roue, pour ralentir ensuite, puis accélérer ici et là. C'est encore un univers de policier obsédé, au point de négliger sa femme et sa fille malade, et de yakusa hargneux qui s'entretuent. C'est violent et provocateur. Mais d'une violence gratuite et d'une provocation pour la provocation. La fin est d'un ridicule qui laisse penser que tout ce qui précédait n'était qu'une parodie des films du genre. Quoi qu'il en soit, cette surenchère grotesque est plutôt écœurante.



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