Une balle dans la tête


De John Woo

Certains d'entre vous ont certainement entendu parler de John Woo par différentes revues de cinéma, en particulier par l'excellent Mad Movies, qui le premier nous a vanté ses mérites. Aujourd'hui, vous l'avez découvert probablement avec Volte-Face (Nicolas Cage / John Travolta). Je ne vous ennuierais donc qu'avec une balle dans la tête. Oups, pardon, Une balle dans la tête, le film le plus personnel de John Woo. Je ne vous apprends rien en disant que John Woo est un cinéaste chinois qui vivait à Hong-Kong et qui est connu pour avoir fait des polars qui ont révolutionné tout le cinéma d'action mondial. Eh oui rien que ça ! Maintenant qu'il est aux É-U. et qu'il a fait un film avec Vand******, quelle calamité ! Enfin, il s'est repris depuis.

D'emblée, le titre impose déjà le style de Woo. Un style d'une beauté morbide à couper le souffle... Pourquoi est-ce que les cinémas de Besançon (là où votre sombre rédacteur habite) n'ont pas diffusé ce film alors qu'ils l'ont fait avec À toute épreuve, une autre oeuvre superbe de John Woo ? Une balle dans la tête mérite une sortie en salle, que diable ! On ne peut passer à côté d'un tel monument, à mon avis.

L'amitié est le thème central de l'histoire de ce long métrage. L'amitié avec un grand A. Celle qui n'existe plus aujourd'hui. Celle préconisée par Woo s'approche plus de la loyauté chevaleresque. Dans cette optique-là, une personne est capable de mourir pour son ami.

Woo relate ainsi les mésaventures de trois amis (Ben, Paul et Frank) qui, dans l'année 1967, par suite de problèmes avec la police, décident de partir à Saigon (au Vietnam) pour faire fortune. En effet, là-bas, la guerre fait rage, et il est aisé de s'enrichir. Ce n'est pas l'argent facile qu'ils trouveront, mais une guerre impitoyable (c'est la guerre du Vietnam, ouuaip, colonel on va tout faire péter, eurouaip!), cause de troubles et de souffrances.

Dans ce maelström de douleurs et d'événements, l'un d'eux va trahir les autres pour une caisse d'or. Est-ce que leur amitié va résister à cet appât du gain ?

Cela semble facile d'opposer l'amitié à l'or, mais John Woo le fait avec panache. En plus, ce bougre de réalisateur dispose d'une belle brochette d'acteurs.

L'acteur principal (le Bon, Ben) est joué par Tony Leung ! Non ! Ce n'est pas celui qui se colle à Jane March dans L'Amant et qui a fait entre autres Gunmen. Le Tony qui nous intéresse est bien meilleur acteur. Son nom complet est Tony Leung Chiu-Wai. Il se distingue nettement des bellâtres locaux et a commencé sa carrière à la télévision HongKongaise dans l'admirable The New Heaven Sword and The Dragon Sabre, The Yang saga, Hap Hap Hang, et il a aussi joué dans Histoires de Fantômes chinois 3, Chungking Express, Cyclo, Happy Together... Dans le film qui alimente cette rubrique, il fait une composition remarquable ; quel charisme, quelle présence !

Waise Lee (La Brute, Paul), vu dans Gunmen et dans Histoires de fantômes chinois 2. Dans cette "séquelle", il prend le rôle d'un soldat invincible. Ici, c'est le traître du groupe.

Jacky Cheung (le Truand, mais gentil Frank), pas Chan, mais bien Cheung ! On l'a aussi découvert dans Histoires de fantômes chinois 2.


Ce trio rappelle bien celui de Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand. Néanmoins, le ton de Woo est beaucoup plus romantique que celui de Leone, ce dernier se contentant de souligner l'ironie. Les personnages de Woo sont beaucoup plus proches de nous, êtres humains, que les canailles léonéennes, qui revêtent une forme plus abstraite de l'homme.

Ce film ne fait pas exception à la règle de John Woo, on retrouve des «Gunfights», autrement dit des combats d'armes à feu chorégraphiés. Ceci est un prolongement direct des films de sabres de Chang Cheh. Le pistolet n'étant rien d'autre qu'une épée évoluée. Là où la lame tranche, la balle troue. Woo a inventé la réalisation type nitroglycérine. Complètement «destroy» ! Attention ce n'est pas le «destroy» habituel : ici, c'est la fission thermonucléaire cho-ré-gra-phiée ! Après les heures passées avec son oeuvre, on est écoeuré par la vue d'un flingue. Il suffit de voir une série policière américaine, et hop ! on gerbe dessus ! Rien que d'y penser, Uuuuurggggg !!!!!!

Ce métrage est long, mais le rythme est soutenu, on ne s'en lasse pas. La seule véritable ombre au tableau est (à mon avis... est-ce que l'on peut remettre en cause un dieu ?) la présence de faux raccords entre les plans, qui nuisent à la fluidité de certaines scènes.

Le scénario n'est guère original, mais Woo apporte sa vision des thèmes tels que la guerre, l'amitié, la pauvreté, l'espoir, la violence et la vengeance. Trop d'idées pour un seul film ? Honnêtement, non, il dure plus de 2 heures. Une chose est à déplorer, Woo n'a montré que les bons côtés des soldats américains dans ce film. Ils ont peut-être aussi des choses à se reprocher. Les Vietnamiens n'ont peut-être pas le monopole de la barbarie !

Allez louer sans tarder cette cassette disponible dans toute bonne vidéothèque. Si vous ne la trouvez pas, torturez le gérant, il l'a sûrement cachée quelque part. Je ne sais pas si ce chef-d'œuvre vous plaira, mais il m'a fait l'effet d'une bombe ! Il a fallu que mes rédacteurs me ramassent à la cuillère. Maintenant cela va mieux depuis que j'ai engagé trois secrétaires supplémentaires.

Une balle dans la tête reste, pour moi, le meilleur film que j'ai vu, tous genres confondus.

Athama Ashen

 

Fiche technique :

Production (1990) Golden Princess
Durée : 126 min
Producteur : John Woo
Réalisateur : John Woo
Écrit par : John Woo
Scénario : John Woo, Patrick Leung, Janet Chun
Directeur de la photographie : Wong Wing-Hang, Lam Kwok Wa, Chan Pui Kai, Somchai Kittikun
Musique : James Wong, Romeo Diaz
Avec Tony Leung - Jacky Cheung - Waise Lee et Simon Yam.

Disponible en vidéo à la location.

 

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