Les jardins d'Éphémère...
Creux et vagues : l'eau tout simplement
Il était une fois un vieil homme, qui vivait à
la frontière des Barbares et perdit un cheval.
Quand les voisins vinrent le plaindre, il leur demanda : "Qui vous dit
que ce n'est pas une chance ?"
Quelques mois plus tard, le cheval perdu revint, accompagné d'un pur-sang
de race barbare. On félicita le vieil homme qui répondit : "Qui
vous dit que ce n'est pas une malchance ?". Quelques jours plus tard,
le fils aîné de la famille tomba du cheval barbare, et se cassa
une jambe.
Quand les voisins vinrent le réconforter : "N'est ce pas une chance
?" leur demanda le vieil homme.
Un an plus tard, les Barbares envahirent la Chine, et tous les jeunes hommes
furent enrôlés dans l'armée, tués ou capturés
par l'ennemi, sauf le fils aîné du vieil homme.
On le félicita de sa chance et il répondit comme d'habitude
: "Qui vous dit que ce n'est pas une malchance ?"
L' Hokyo Zan Mai, le livre écrit par maître Tozan, un moine zen
(807-869) contient ces vers dans son 7ème poème :
La perte devient gain
Le gain devient perte
Le bonheur devient malheur
Le malheur devient bonheur
Si vous obtenez une chose
Vous perdez une autre chose
Si vous perdez cette chose
Vous en obtiendrez une autre
Ainsi est constituée notre vie, une succession de ce que nous appelons
chances et malchances, gains et pertes, joies et peines
telle l'océan
avec des creux et des vagues.
Nous avons l'habitude de voir les choses d'une façon absolue, avec
des frontières nettes.
Cette vision ne nous montre pourtant que des phénomènes et non
l'essentiel.
Oublions un instant ces concepts et regardons la nature de l'océan
: c'est tout simplement l'eau qui s'étend à l'infini.
Restez serein au milieu de cette eau : creux et vagues vous berceront et les
courants vous amèneront vers le bonheur.
Éphémère
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